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Les communautés autochtones cambodgiennes victimes des projets industriels
Autores corporativos:
Genetic Resources Action International (canal)

Autores personales:
Héraud, Béatrice (Autor/a)

   Descripción    Clasificación   
Fecha:
17 de Octubre de 2011
Entradilla:
Les communautés autochtones cambodgiennes victimes des projets industriels
Introducción/Descripción:
La FIDH dénonce les impacts d´une filiale du groupe Bolloré sur la communauté des Bonong, dans une région isolée du nord est du Cambodge. Un exemple des conflits fonciers qui se multiplient aujourd´hui dans le pays autour de concessions accordées par le gouvernement pour développer des cultures industrielles, projets immobiliers ou extractifs.

Au Cambodge, les plantations industrielles dhévéa, de cannes à sucre, et autres projets immobiliers ou miniers se développent à vitesse grand V, dopées par loctroi de baux extrêmement avantageux pour les entreprises. Et beaucoup moins pour les populations locales. Aujourdhui par exemple, 54,77 % des terres arables du pays se sont ainsi transformées en « concessions foncières à vocation économique », soit des baux de longue durée -jusquà 99 ans- attribuées à industries agroalimentaires étrangères (principalement asiatiques) ou à des Cambodgiens proches du pouvoir. Et le rythme saccélère : depuis avril 2010, 85 concessions de ce type ont été accordées dans 16 provinces du pays, selon le ministère de lagriculture. Or, « il sagit de contrats opaques qui donnent souvent lieu à corruption [1] », dénonce Geneviève Paul, chargée de mission pour la Fédération internationale des droits de lhomme. Mais aussi à de nombreux conflits fonciers, notamment avec les communautés autochtones dont les droits sont régulièrement bafoués par lEtat alors même que des lois sont censées les protéger. Dailleurs, grâce à une loi de 2009, le gouvernement lui-même ne se prive pas de réquisitionner des terres privées pour des projets publics

Rien quau cours du 1er semestre 2010, dans 13 provinces sur les 24 que compte le royaume, 3 500 familles (environ 17 000 personnes) auraient ainsi été affectées par laccaparement de terres, selon la ligue cambodgienne de défense et de promotion des droits de lhomme (LICADHO). Un peu partout dans le pays, les affrontements se multiplient [2] et sont réprimées dans la violence, comme dans la province de Kampong Speu, en juillet dernier. Une dizaine de personnes ont alors été blessées dans une manifestation opposant près de 400 personnes armées de haches, de pierres et autres armes aux forces de police pour protester contre une décision de justice les dépossédant de 65 hectares de terres au profit dune société taïwanaise détenue par un proche du Premier ministre. En 2010, le rapport de Human Right Watch sur le Cambodge précisait ainsi que 60 personnes étaient emprisonnées ou en attente de procès pour sêtre soulevées contre les expropriations forcées et laccaparement des terres. En mars dernier, suite à une polémique concernant un projet immobilier conduit par un proche dun politicien cambodgien qui devait combler un lac de la capitale et déplacer 4 000 familles, la Banque mondiale a ainsi gelé loctroi de nouveaux prêts en direction du Cambodge tant que les expulsions de masse nauront pas cessé.

Une plantation dhévéa dans le collimateur de la FIDH

Ce lourd climat de tension et dopacité nempêche cependant pas des entreprises européennes de simplanter dans le pays. Ainsi, la Socfinasia, une société luxembourgeoise filiale du groupe Bolloré sest alliée en 2007 avec une entreprise cambodgienne, la KCD (Khaou Chuly Development), pour développer une plantation dhévéa, une culture devenue lune des priorités gouvernementale. Situées dans la sauvage région Mondulkiri, à la frontière du Vietnam, ces concessions sont cependant fortement critiquées par les Bunong, une communauté autochtone vivant dune agriculture traditionnelle et itinérante aux fortes croyances animistes, fondées sur la protection des forêts sacrées. Ces plantations de près de 7 000 hectares « affectent plus de 850 familles de la commune de Busra, dont 90% sont Bunong, explique Geneviève Paul, chargée de mission pour la FIDH. Ne connaissant pas leurs droits et sous la pression, ils ont cédé leurs terres à un prix dérisoire et se voient aujourdhui privés de leurs moyens de subsistance. » En 2008, les paysans affectés se sont ainsi rebellés contre lentreprise en détruisant et brûlant buldozer et autres équipements, avant dêtre réprimés par larmée. Celle-ci avait commencé les travaux de défrichage sans avoir rempli toutes ses obligations (comme la réalisation dune étude dimpact environnementale) ni même complètement terminé les négociations avec les populations locales...

Après des tentatives ratées- de négociations entre les paysans, les représentants de la compagnie, les autorités locales, et les ONG, la ligue cambodgienne pour la défense et la promotion des droits humains a donc sollicité en 2010 la FIDH pour enquêter sur place. Les conclusions du rapport « Cambodge : terrains défrichés, droits piétinés », sont claires. La fédération y dénonce une violation du droit des populations autochtones à la propriété collective, des irrégularités dans le processus dapprobation des concessions, des expulsions forcées, labsence de véritable consultation et de compensation adéquates, la mise en péril des moyens de subsistance et des droits culturels de cette communauté qui a vu plusieurs de ses sites spirituels détruits et doit désormais acheter un riz quils cultivaient jusquici...

« Les Bunong nous ont sollicité parce quils pensaient quune entreprise européenne serait plus respectueuse de leurs droits », précise Geneviève Paul. Pourtant, à ce jour, les négociations avec lentreprise semblent bloquées : « la Socfin-KCD na toujours pas pris toutes les mesures nécessaires pour assurer la cessation des violences, modifier et revoir son processus de compensation et des politiques de travail dans le souci du respect des droits économiques, sociaux et culturels des Bunong », conclut la FIDH. Alertée de la sortie du rapport (voir document lié), lentreprise na pas souhaité reprendre contact avec les associations. Contacté par Novethic, le directeur général de la Socfin KCD, Patrick Lemaitre, « réfute fermement toutes les allégations figurant dans le rapport FIDH et plus particulièrement les évictions forcées, les compensations sans choix, inadéquates, injustes et non conformes aux standards internationaux, la destruction de forêts sacrées et de cimetières et les conditions de travail précaires pour les travailleurs » et estime que « la fragilisation des conditions de vie des Bunongs mériterait une étude socio économique spécifique plus approfondie et sérieuse ». Cependant, si lentreprise ne reprend pas le dialogue et que les associations locales sont daccord, la FIDH envisage de porter plainte devant un point de contact national de l´OCDE.


NOTAS:

  1. ®Selon lindice de corruption Transparency International 2010 le pays est classé au 154ème rang sur 178.

  2. ®Adhoc, lassociation cambodgienne pour les droits de lhomme et le développement a recensé 202 cas de conflits en 2010 et 95 entre janvier et mai 2011.

URL:
http://farmlandgrab.org/post/view/19459
Publicado en:
Food crisis and the global land grab ; Gloobalhoy nº28
Secciones GloobalHoy:
060- Derechos-humanos
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