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Senegal: Croissance durable du secteur agricole a l`horizon 2015. Quelle vision?
Autores corporativos:
Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs de l´Afrique de l´Ouest (canal)

Autores personales:
Seck, Ibrahima (Autor/a)

   Descripción    Clasificación    Documento   
 Índice:
     I. Problématique
          1.1 L`action de l`État
          1.2 La Recette populaire
          1.3 Constitution d`un mouvement paysan autonome au Sénégal
     II. Les logiques d`agriculture paysanne au Sénégal
     III. Les systèmes traditionnels de production agricole
     IV. Identité culturelle et développement du secteur agricole
     V. Orientation de la politique agricole dite "moderne"
          5.1 La recherche agronomique conventionnelle au Sénégal
          5.2 Une alternative : l`approche participative de la recherche
     VI. Contexte institutionnel et économique du secteur agricole
          6.1 Généralités
          6.2 Description du secteur
          6.3 Les causes des échecs des systèmes de crédit agricole avant la mise en oeuvre de la nouvelle politique agricole (N.P.A)
     VI. Éléments d`une vision pour l`horizon 2015
          7.1 Réinventer le modèle de développement agricole et rural
          7.2 Conditions pour la généralisation d`une agriculture durable
          7.3 L`agriculture face a la mondialisation
               7.3.1 Accroissement de la production et excédents agricoles
               7.3.2 Mondialisation de l`intensification agricole
               7.3.3 Subir ou réinventer l`économie ?
          7.4 L`aménagement et la gestion de espaces ruraux
          7.5 7.5 L`exploitation familiale socle d`un modèle de développement agricole et rural durable.
     VIII Agriculture familiale durable comme modele
          8.1 La question paysanne au Sénégal
          8.2. Les politiques à court terme : assainir et relancer l`agriculture familiale
          8.3 Les politiques à moyen terme : renforcer les capacités institutionnelles et développer les ressources humaines
          8.4. Les politiques à long terme : transformer et moderniser l`agriculture Familiale
          8.5 Conditions de Viabilité de l`Exploitation Familiale:
     XI. Cooperation internationale et developpement durable : quels enjeux pour le 21ème siecle ?
          9.1. Introduction.
          9.2. Les enjeux de la mondialisation de l`economie
               9.2.1. Mondialisation, Subventions Agricoles et Pauvreté
               9.2.2. Atteinte à l`Environnement, aux ressources naturelles et à la Biodiversité
               9.2.3. Les Mesures d`Ajustement Structurel, la diminution de l`Aide au développement et le Poids de la Dette
               9.2.4. Difficile accès des pauvres aux ressources financières
               9.2.5. La propriété intellectuelle dans l`OMC (ADPIC) :
          9.3. Les solutions pour l`eradication totale de la pauvrete dans le monde.
     Bibliographie
I. Problématique
La lutte contre la pauvreté exige lanalyse et la réponse à trois questions fondamentales:

  • Quelle est la machine de génération de la pauvreté au Sénégal?
  • Quels sont les mécanismes par lesquels elle arrive aux populations rurales?
  • Quels sont les solutions appropriées pour éradiquer la pauvreté en milieu rural au Sénégal?


On doit donner des réponses claires et précises à ces trois questions:

  • Les politiques économiques en générale et agricoles en particulier qui ont été définies et mises en oeuvre au Sénégal sont pour lessentiel, la principale machine de génération de la pauvreté en milieu rural.
  • Les stratégies de mise en oeuvre ont été les mécanismes par lesquels, la pauvreté arrive aux populations rurales.
  • La mise en place dun modèle de développement agricole et rural durable ayant comme socle une agriculture familiale modernisée est la seule réponse pour éradiquer la pauvreté en milieu rural au Sénégal.


Ce document qui donne une vision alternative en matière de politique agricole, définit les instruments fondamentaux pour une croissance durable de la production agricole à lhorizon 2015. Des propositions de politiques agricoles à court, moyen et long terme pour le secteur agricole au Sénégal ont été définies dans ce texte.


  1.1 L`action de l`État
De lindépendance jusquen 1984, le milieu rural sénégalais a été marqué par une sorte de "bâillonnement" des populations à travers une politique de développement dans des formes organisationnelles héritées de doctrines étrangères à leur identité culturelle. En effet, on a assisté pendant cette période à lignorance de toutes les formes traditionnelles dorganisation au profit des coopératives qui devaient constituer lunique cadre dévolution économique des ruraux.

Ces coopératives, montées à travers tout le pays et pour toutes les professions devaient impulser un développement rural à partir dune stratégie danimation pensée par lAdministration Générale qui gardait ses prérogatives en matière de conception et dexécution du développement rural.

Durant cette période, lÉtat met en place un ensemble dorganismes dencadrement et daide au secteur rural. Aucune fonction technique ou économique nest oubliée suivant une approche par zone écologique homogène, mais avec un accent particulier sur une production de rente.

Cest ainsi quon a mis en place :

  • Au Nord, la SAED pour le riz
  • Au Centre, la SODEVA pour larachide
  • Au Sud, la SOMIVAC pour le riz
  • A lEst, la SODEFITEX pour le coton.


Lédifice est complété en aval par un office de commercialisation (O.C.A.S puis O.N.C.A.D).

En gros, le paysan navait même plus à réfléchir. LÉtat ayant tout régulé pour lui, suivant en cela sa conviction que seule une planification étatique centralisée permettrait un développement du pays.

Les grandes sécheresses répétées constitueront la "goutte deau" qui a fait déborder la vase et le déclic à la prise de conscience par lÉtat de limpertinence de son choix de développement.

Se rendant compte que le paysan était lucide dans son "irresponsabilité passive", lÉtat entreprit un ensemble de réformes qui ont pour objet de réactualiser le potentiel de développement par le déverrouillage des initiatives privées et de décentraliser au profit des structures proches de la base.

LÉtat reconnaissait ainsi que la politique dencadrement centralisé ne pouvait pas engendrer une participation effective de la société civile au développement du pays.

Aujourdhui, sur fond de tendances démocratiques, il apparaît des germes de changement qui pourraient favoriser au dynamisme entreprenarial au sein de la société civile et un repositionnement de lÉtat dans ses attributions essentielles dadministrateur du service public, dorganisateur général et darbitre.


  1.2 La Recette populaire
Les premières réactions à la paupérisation du monde rural et aux phénomènes répétés de sécheresse qui ont entraîné les pénuries alimentaires, se sont manifestées par des phénomènes de fuite et dévasion vers les villes où on pouvait gagner sa vie en faisant des apprentissages de petits métiers et du commerce.

Mais très vite, la ville fait son "trop plein" et rejette ceux qui viennent de la brousse.

Il faut traverser dautres alternatives.

Cest dans ce contexte que petit à petit, se développent en milieu rural, de petites initiatives de "salut" sous la forme de petits projets soutenus par des ONG occidentales avec la complicité de certains cadres de lÉtat.

Ces initiatives allaient vite grandir pour devenir des espaces de solidarité sétendant du village à la région en passant par larrondissement et le département.

Leur dénomination est souvent significative et traduit la volonté de dépasser une situation difficile : ainsi, telle association sappelle "TENONS LES COUDES", Telle autre "ENSEMBLE, NOUS GRANDIRONS" ou LESPOIR EST POUR DEMAIN" etc.

Chacune de ces associations institue un pouvoir nouveau dont les mécanismes de fonctionnement sont essentiellement inspirés des formes traditionnelles dorganisation villageoise. Plusieurs de ces associations se positionnent actuellement comme agents reconnus du développement de leur terroir tant sur le plan économique, culturel et politique.

Ainsi, depuis la grande sécheresse de 1973/74, les paysans ont commencé de plus en plus à réfléchir sur leurs problèmes et sur les changements survenus dans la nature. De plus en plus, ils sorganisent dans leur propre milieu de vie pour développer des stratégies afin de lutter conjointement contre les contraintes. Les efforts se concentrent sur la constitution dorganisations villageoises de développement, la recherche et la réhabilitation de lIdentité Culturelle, lamélioration de la production, la commercialisation des produits, la régénération des sols, la construction de ralentisseurs dérosion, la construction de digues anti sel, la valorisation de lalphabétisation fonctionnelle, la formation technique des femmes et leur responsabilisation, le reboisement, la protection des jardins, des champs et des jeunes pousses darbres par linstallation de haies vives, la construction de puits et de retenues deau, la mobilisation de lépargne interne et loctroi des crédits aux membres.

Cest ainsi que des mouvements paysans et leurs réseaux (ex.: FONGS, FNGIEP, FNGIEH, FNGIE, UNCAS, FNGPF, FAFD) pour ne citer que ceux là, ont grandi et se sont développés dans le pays. Ils sont appuyés par des organisations daide au développement (ONG) sur la base dun partenariat véritable. Les motivations de ces mouvements populaires, ont pour origine, la conviction que lUnion fait la force" et que pour le milieu local, il faut un effort local, pour un développement local. Lautosuffisance, lauto responsabilité, lautogestion et lautonomie globale sont leurs principales finalités.

Ainsi, une nouvelle dynamique, de nouveaux acteurs se sont émergés sur le terrain du développement ; ce sont les Organisations Paysannes. Elles commencent à adopter lidée quelles doivent passer du stade embryonnaire non formel, à celui dune entreprise locale de développement, qui va chercher la rentabilité au profit de ses membres par la mobilisation de lépargne, loctroi de crédit et la création dactivités génératrices de revenus pour atteindre lautofinancement interne, lauto indépendance, lauto développement.

Elles commencent à adopter aussi lidée de conservation de la nature, de bonne gestion des ressources naturelles et de protection de lenvironnement. Mais la mise en oeuvre dune agriculture alternative qui tient compte de la protection de lenvironnement, suppose quil faut trouver non seulement léquilibre entre léconomie et lécologie, mais il faut dabord et surtout respecter et protéger la survie des paysans. En cela, ces organisations paysannes sont porteuses despoirs.

Pour le mouvement paysan, la porte dentrée pour le développement durable est lagriculture durable. Pour une agriculture durable, il faut arriver à des systèmes de production agricole permettant une auto perpétuation despèces végétales et animales offrant au paysan à chaque période de lannée une production à des prix rémunérateurs, dans une démarche économe utilisant lensemble des énergies renouvelables disponibles au niveau de lexploitation en limitant les intrants externes et ceci en faisant une bonne gestion des ressources naturelles. Ainsi, cette forme dagriculture permettra au paysan dassurer la sécurité alimentaire et des revenus constants et déboucher vers une amélioration qualitative de ses conditions de vie et participe à lavènement du "Projet de société paysanne", cest à dire lépanouissement du paysan sur le plan culturel, social, économique, écologique et politique.


  1.3 Constitution d`un mouvement paysan autonome au Sénégal
Du 18 au 21 Janvier 1993, la Fédération des Organisations Non Gouvernementales du Sénégal (FONGS) a organisé un FORUM sur le thème "QUEL AVENIR POUR LE PAYSAN SÉNÉGALAIS".

Lobjectif était de réunir les différentes composantes du monde rural sénégalais pour faire lanalyse des politiques agricoles et faire des propositions pour accroître la responsabilisation et le poids du paysan au niveau national.

Pour la première fois, des paysans de divers horizons et régions se rencontraient, sentaient leur force et devenaient un interlocuteur de lÉtat et des autres acteurs invités à ces assises. Ce forum a mis en évidence, la nécessité pour les ruraux dorganiser la Réflexion stratégique dune manière permanente et approfondie autour des enjeux du développement national. "Cette démarche visait, entre autres objectifs, à doter les ruraux et leurs organisations, des moyens daméliorer leur compréhension des politiques de développement rural, aux fins dopérer les choix les plus judicieux et de mettre en oeuvre les actions les plus pertinentes, eu égard à lémergence de la société civile (comme nouvelle donne de la démocratie sénégalaise). Devant se positionner, au sein de la société sénégalaise comme lune des forces économiques, sociales et culturelles, essentielles au développement national, les fédérations dorganisations paysannes, estiment que le renforcement de leurs capacités de tous ordres, préalable indispensable à leur reconnaissance comme partenaire principal de létat dans la définition, et la mise en oeuvre de la politique de développement rural suppose une plus grande cohésion, le développement de réseaux de solidarité, la mise en commun de ressources et une gestion démocratique du pouvoir et du savoir.

Le principal résultat de ce forum, a été la création à Thiès, le 17 Mars 1993, du Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux (CNCR) qui regroupe aujourdhui dix neuf fédérations dorganisations paysannes avec près de 3.000.000 membres (paysans, éleveurs, pêcheurs, horticulteurs, forestiers, femmes etc.). Le CNCR a été à lorigine de la création du Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs de lAfrique de lOuest (ROPPA).


II. Les logiques d`agriculture paysanne au Sénégal
Tandis que la recherche agronomique conventionnelle vise surtout un seul aspect du système agricole, cest à dire laccroissement de la production dune espèce donnée avec lutilisation abusive dintrants chimiques, les agricultures paysannes, quant à elles visaient léquilibre à long terme de lensemble du système (diversité de productions, fertilité des sols, gestion des terroirs, etc.)

En effet, en observant bien les pratiques agricoles traditionnelles, on remarque une agriculture multi étagères et synergique. Elle est marquée par un système cultural associatif utilisant une diversité despèces avec des caractéristiques différentes pérennes ou semi pérennes, saisonnières ou pluri saisonnières.

Les différentes plantes utilisées dans le système culturel intensif se joignent et se complètent dans une extraordinaire diversité morphologique et physiologique, conduisant à une diversité de productions contribuant toutes à lautosuffisance alimentaire. On remarque que larbre est considéré comme étant un élément du système en participant à lagriculture et non à la forêt.

Tout comme le Kad ou le Nguer du Cayor, le Dimb du Saloum, participent à la fertilité du sol, avec dautres usages multiples (alimentation de lhomme ou du bétail, médecine traditionnelle, etc.)

La présence de plusieurs étages darbres adaptés aux conditions écologiques, sérigeant en parfaite harmonie avec des cultures associatives (mil, niébé, acacia ou mil, niébé, courge, bissap, dimb ou autres associations) a un rôle fondamental à jouer dans la viabilité à long terme des systèmes agricoles paysans.

Ces logiques dagriculture paysanne ont plusieurs avantages :

  • lutte contre limpact terriblement érosif des premières pluies,
  • occupation du sol et diminution des températures fortes due aux rayons solaires, biomasse active très importante,
  • coefficient photosynthétique beaucoup plus efficace,
  • coefficient de minéralisation de la matière organique plus lente,
  • plantes se succédant pour utiliser leau efficacement et pour constituer les éléments de structure et de fertilité des sols,
  • efficacité accrue de lévapotranspiration,
  • coût de production moins élevé,
  • diversité des productions muti étagères et synergiques,
  • la jachère,
  • les rotations culturales,
  • lintégration agriculture élevage,
  • lutilisation de la fumure organique pour la fertilité du sol,
  • lutte naturelle contre les ennemis des cultures,
  • conservation naturelle et utilisation des variétés de semences adaptées aux conditions écologiques du milieu,
  • etc.


Ces logiques dagricultures sont en fait le reflet des systèmes traditionnels de production agricole.


III. Les systèmes traditionnels de production agricole
Autrefois, au Sénégal, les modes dexploitation et les méthodes culturales étaient axées dans la mesure du possible sur les "possibilités et les contraintes de lenvironnement". En règle générale, les systèmes traditionnels de production agricole, faisaient un usage responsable et durable des ressources naturelles (sols, végétation, lumière, eau, substances nutritives, biomasse, etc.)

Ces modes dexploitation correspondaient si bien aux situations locales que même pendant les années relativement mauvaises, on était en mesure de produire suffisamment de vivres. Les récoltes étaient garanties au plus haut degré et les risques de pertes étaient réduits au maximum, aussi la sécurité alimentaire était garantie par cette agriculture de subsistance.

Non seulement les systèmes agricoles correspondaient aux possibilités et aux contraintes de lenvironnement, mais ils répondaient également aux possibilités et aux contraintes des paysans. Les systèmes répondaient aussi aux normes et coutûmes, aux relations hiérarchiques, à la structure du marché, du milieu considéré et à leur tour, les normes et coutûmes, la structure du marché, les systèmes dentraide et de solidarité, les prix, etc. furent adaptés au fur et à mesure que les conditions agricoles changeaient.

Les systèmes agricoles traditionnels avaient une certaine flexibilité et garantissaient dans la mesure du possible un environnement naturel et agricole sain, une sécurité alimentaire, ainsi quun bien être relativement bon des populations rurales. Il existait toujours un équilibre entre lexploitation agricole et la capacité de charge de lenvironnement naturel (possibilités offertes et contraintes imposées).

Aujourdhui, ne sagira t il pas de réhabilitation, damélioration et de complémentarité de ces systèmes traditionnels de production agricole avec les techniques modernes appropriées pour arriver à une agriculture économe, tenant compte de lhomme et de son environnement ?


IV. Identité culturelle et développement du secteur agricole
Notre identité culturelle a été un élément déterminant dans la gestion des ressources naturelles et la durabilité des systèmes de production agricole. Lagriculture dite "Moderne" est venue rompre cette dynamique comme nous le montre cette petite analyse historique :

  • Période avant la colonisation (nous mêmes)
  • Colonisation (déculturation)
  • Période post coloniale (aliénation culturelle)
  • Mondialisation (crise).


Temps des anciens.


Nous savons tous que la vie était fonctionnelle à partir de concepts. Le concept le plus important qui permettait la gestion de lespace, cétait loccupation de lespace. Loccupation de lespace, cétait donc des clans qui existaient, qui se mettaient quelque part et qui, dans une zone déterminée, organisaient des activités dautosuffisance.

En outre les activités étaient organisées pour permettre aux gens de vivre, manger, construire des lieux dhabitation et se protéger contre la nature qui nétait pas une nature facile.

Également, cette période était caractérisée par la professionnalisation. Il y avait des agriculteurs et des éleveurs. Cétait une période où au Sénégal, cétait les sérères et les peulhs qui étaient les éleveurs et les autres ethnies, les agriculteurs. Ils étaient dans le milieu rural et représentaient 90% de la population.

Il y avait évidemment la noblesse, ceux qui étaient chargés de gérer les populations.

Parmi ces deux groupes, on ne pouvait pas dire que les agriculteurs étaient plus nombreux que les éleveurs et réciproquement.

On savait quil y avait deux activités qui se côtoyaient et les éleveurs mettaient leurs animaux dans les champs des agriculteurs qui leur donnaient en contrepartie des céréales. Il y avait donc un troc entre la fumure organique et les céréales.

Il y avait des conflits de temps en temps pendant la saison des pluies lorsque les éleveurs qui habitaient entre les villages laissaient paître leurs bétails dans les champs.

Ce quon peut retenir de cette période cest quil y avait un contrat formel ou informel entre les deux groupes. Ils étaient complémentaires.

Les éleveurs échangeaient le lait, la viande, la fumure organique contre les céréales et la protection de leurs animaux par les sédentaires, car il ne faut pas oublier que cest la période où il ny avait pas ce quon appelle largent aujourdhui. Cause pour laquelle on ne pouvait pas parler de monnaie, mais de troc.

Ce qui était aussi caractéristique au cours de cette période, cest que lensemble de lespace était géré par les gens.

Il y avait les lois féodales, mais la grande responsabilité de la gestion des ressources naturelles incombait aux gens dans la majorité.

Donc au niveau du village, de la zone, il y avait des niveaux de responsabilité ; la très grande majorité de la population était impliquée et avait la charge de la gestion des ressources naturelles.

Il y avait également un petit groupe dexploitants forestiers. On pouvait dire quils étaient donc les gens des métiers :

  • ceux qui faisait du matériel pour lagriculture : les hilaires et les dabas. Cétait nécessaire ;
  • Ceux qui fabriquaient les pilons et les mortiers. On les appelait les laobés. Ils représentent les exploitants forestiers. Avec le bois, ils fabriquaient des outils indispensables à la préparation de la nourriture, lexploitation agricole et aussi des mangeoires, des abreuvoirs pour les animaux.


Il y avait enfin un dernier groupe :

  • les pêcheurs.


Ils nétaient pas très nombreux durant cette période, mais ils existaient quand même. Cétait des gens qui vivaient en bordure des cours deau, soit au bord de la mer, à côté des fleuves.

Ils échangeaient leurs produits contre dautres produits (le lait ou les céréales). Comme on a pu le constater, pendant cette période, les pêcheurs les éleveurs ou les agriculteurs nexerçaient quune seule activité et navaient pas dautres activités annexes.

Pendant cette période, il y avait eu effectivement des traditions qui se sont développées concernant la gestion des ressources naturelles.

  • Il y avait des arbres quon ne coupe pas ; ils étaient utilisés pour des soins.
  • Il y avait des arbres totems qui existaient, que tout le monde respectait.
  • Il y avait des forêts sacrées, des mares où vivaient des caïmans, que les gens vénéraient.


Il y avait donc des attitudes qui se sont développées avec le temps.

Par exemple il y a avait des moments pour allumer ou ne pas allumer le feu et toutes ces explications se transmettaient de père en fils.

On trouvait également très souvent une gestion communautaire de certaines ressources naturelles.

Par exemple quand il y avait une grande mare entre plusieurs villages, cétait un conseil de sages qui était chargé de décréter le moment où les animaux pouvaient aller boire et les moments où ils ne pouvaient y aller.

Cest pourquoi, au fil des siècles, les gens ont développé des PRINCIPES qui étaient devenus sacrés et que tout le monde respectait dans tous les groupes ethniques et dans la zone soudano saharienne et particulièrement au Sénégal.

Les gens ont réfléchi, ont inventé des principes et des actes dans le sens de la durabilité sachant que cétait la RICHESSE.

Ils ne voulaient pas que ça se limite à eux et cest pourquoi il y a eu tous ces principes, tous ces mécanismes pour permettre une transmission de cette richesse naturelle aux générations.

Colonisation.


On rencontre alors un NOUVEAU POUVOIR qui sest approprié de ces responsabilités. On a créé des services : par exemple, le service de lagriculture, des eaux et forêts, de la pêche.

Donc on a pris de force la responsabilité des gens pour les confier à des structures.

Maintenant, pour toutes les questions qui sont liées aux ressources naturelles on est obligé de se référer à ces structures (quand il y a un problème qui se réglait autrefois sur place, on était obligé de sadresser à lautorité qui va informer une 2e instance dautorité qui ira peut être vers une 3e instance : entre temps, le problème peut saggraver).

De nouvelles professions sont nées. On a créé, avec loccupation coloniale : de nouveaux besoins, la culture de rente, de nouveaux équipements. On a donné plus de capacité aux matériels de production.

Cest dabord à travers le travail forcé quon a imposé les cultures de rente et donné les équipements.

On a ensuite créé la monnaie, on a créé lécole française. La connexion de ces différents éléments ont entraîné de nouvelles habitudes, des responsabilités.

La colonie était sous la responsabilité des blancs qui avaient des auxilliaires. Il y avait des commandants de cercle, des gardes forêts.

Ils étaient les maîtres maintenant, donnaient des ordres et ne soccupaient que de leurs intérêts, ne connaissant pas les habitudes primitives ; ce qui est tout à fait normal en colonisation. Ils ne sont pas venus renforcer nos valeurs, mais nous acculturer.

Nous avons donc des propriétés coupées, des forêts classées, les réserves qui sont sous la responsabilité de ladministration coloniale et qui souvent, ont été confisquées à des gens qui les ont occupé pendant des centaines dannées. Il y a même des populations qui ont été déplacées parce quils étaient dans des réserves dans la forêt.

Il y a aussi eu des voies de communication :

On a construit le chemin de fer, coupé de grandes espaces, brûlé des forêts, dégagé des routes.

On a voulu développer les cultures de rente, inventé les semoirs, la charrue. Il fallait défricher les terres ou même déplacer les populations et planter. Lintérêt, cétait de produire plus et au grand maximum ; le plus fort (le blanc) ayant besoin de ça. Petit à petit il y eut un changement.

Les techniques nouvelles ne sont pas mauvaises en elles mêmes, mais au moment où on les introduisait, on ne sest pas soucié de protéger en même temps lENVIRONNEMENT.

Il y avait une intense exploitation de la forêt. Non seulement, il y avait une culture de rente, mais on utilisait aussi le bois de meilleure qualité pour lexportation.

Indépendance.


Cette période était celle de 1960. Les colonisateurs nous ont légué leur langue, leur culture, leur manière de faire et ça été inculqué dans nos esprits.

Les artistes de lindépendance ont été formés dans de grandes écoles et ont subi en quelque sorte un métissage culturel. Cest la période où notre gouvernement a défini des politiques agricoles pour aider les paysans à avoir plus de bien être.

Il ny a pas eu de BILAN (autocritique). On a tout simplement amplifié, accéléré tout ce quon nous a imposé.

On a développé les services agricoles, les services dencadrement, la recherche telle quelle a été mise en place par les blancs pour quils puissent favoriser laugmentation de la productivité et de la production.

On a fait appel aux formateurs blancs au moment des indépendances.

Cétait la course pour pouvoir remplir les caisses de lÉtat. Larachide était vendue à un bon prix sur le marché. Il fallait alors accélérer ce processus qui nous a déresponsabilisé.

On rencontre de nouvelles professions telles que des exploitants forestiers pour faire du charbon de bois, pour vendre du bois mort, des milliers de personnes qui produisent, surtout avec léquipement agricole, lengrais. On a alors la capacité de produire mieux et toujours plus.

En 25 ans, de 1960 à 1985, nous avons mis le paquet. Nous nous sommes retrouvés dans la situation du bassin arachidier (production moindre), salinisation du fleuve Casamance.

Une somme considérable a été allouée au monde rural, des constructions effectuées, une diversification des activités. Mais la manière de faire na pas permis de donner les résultats escomptés.

Mondialisation.


Avec lindépendance, on constate les agro pasteurs avec lintroduction des nouvelles techniques.

Les producteurs se sont alors organisés : on rencontre partout des associations de producteurs et également de consommateurs.

On a une nouvelle préoccupation : "la sécheresse". Elle est même devenue endémique. La désertification sinstalle du fait de facteurs climatiques mais bien plus que du fait dun déboisement massif de nos forêts par lhomme. Les feux de brousse amplifient ce fait par une agression de la biodéversité végétale et animale. Lagriculture dite "moderne" arrive pour rompre définitivement linterdépendance dialectique entre les différentes composantes de la nature.


V. Orientation de la politique agricole dite "moderne"
Depuis la colonisation, le gouvernement a toujours favorisé et vulgarisé les monocultures, soit de larachide, soit du coton, au détriment des cultures vivrières, qui étaient souvent laissées pour compte. Les résultats sont bien connus : surexploitation des sols avec la traction animale (agriculture extensive), dégradation, déboisement des forêts pour augmenter les superficies, nécessité de fertiliser les sols avec les engrais chimiques, nécessite également dutiliser des pesticides chimiques pour la défense des cultures. La poussée démographique a eu des répercussions graves sur les terres cultivables. La non maîtrise de lutilisation des pesticides chimiques par les paysans a entraîné des accidents multiples. La production agricole a baissé, lérosion éolienne et pluviale sest installée, les revenus des paysans baissent de plus en plus, les ressources naturelles disparaissent à un rythme inquiétant. La désertification sintensifie dannée en année.

Dans la vulgarisation des techniques agricoles, lÉtat a toujours attribué plus dimportance aux techniques qui augmentent la quantité de la production agricole. Lhypothèse utilisée était toujours que les revenus des paysans augmenteront avec laugmentation de leur production. La méthode privilégiée était laugmentation des superficies en même temps que lintensification de la production.

Ainsi, pour les petits exploitants agricoles, la production devient de plus en plus difficile à maîtriser. Avant, ils avaient le contrôle sur tous les moyens de production la terre, la main doeuvre : les outils et le capital. De plus en plus, ils sont devenus dépendants des moyens hors de leur contrôle. Les paysans ont besoin des semences améliorées pour augmenter quantitativement leur production. Du fait que les semences modernes sont moins résistantes à la sécheresse et aux attaques des nuisibles, les paysans ont besoin dengrais et de pesticides chimiques. Tous ces besoins se traduisaient en nécessité de capital.

Même, si les paysans arrivent à satisfaire ces nécessités, ils restent toujours tributaires de lapprovisionnement des intrants, et si un seul des intrants nest pas disponible au moment précis, ce sont eux (les paysans) qui subiront les conséquences.

En plus de toutes ces considérations, il y a le problème de fluctuation des prix au producteur. Et la question de savoir, si le paysan arrive t il à commercialiser toute sa production à des prix intéressants se pose toujours ? En comparant les prix payés pour les produits quasiment stables, par rapport à la hausse des prix des intrants, les intérêts des crédits, linflation aggravée par la dévaluation, les paysans sénégalais voient à présent une perte nette qui est difficile à compenser par une augmentation de la quantité. Cette situation devient de plus en plus difficile avec la mondialisation qui exige compétitivité et concurrence aveugle (avantages comparatifs).


  5.1 La recherche agronomique conventionnelle au Sénégal
Depuis notre indépendance, la recherche agronomique conventionnelle sest fixée comme objectif daugmenter la productivité agricole, intensifier lagriculture pour résorber les déficits alimentaires de notre pays.

Toutes les actions de cette recherche étaient orientées vers lintroduction de nouvelles techniques culturales, lutilisation dengrais et de pesticides, lutilisation des semences sélectionnées.

Ainsi, toutes les actions de cette recherche en station, étaient axées sur lanalyse du comportement dune variété sélectionné donnée, sur létude dune dose dengrais et de pesticides ou alors sur limpact dune technique culturale moderne.

Les acquis de cette recherche agronomique, ont été sur le plan des résultats satisfaisants, car lon a pu tester et trouver des variétés despèces à haut rendement adaptées à nos conditions climatiques. On a trouvé également les techniques culturales modernes et les types dengrais et pesticides adéquats au développement de ces variétés.

Malheureusement, cette approche a échoué sur le plan de lapplicabilité de ses résultats en milieu paysan. En effet, les résultats ainsi trouvés, nétaient pas en concordance avec les aspirations et les moyens des paysans.

Dès lors, une analyse de cette recherche agronomique conventionnelle simpose. De part les objectifs assignés jusquà présent à la recherche conventionnelle, nous pouvons remarquer un certain nombre de raisons qui, si elles nexpliquent pas la quasi totalité des échecs de transfert des acquis en station, peuvent tant bien que mal justifier la difficulté de leur appropriation en milieu paysan :

  • une connaissance trop superficielle des structures paysannes et système de production, de leurs besoins et fonctionnement,
  • une marginalisation des paysans dans la solution de leurs problèmes, en effet la dimension socio économique apportée par la recherche doit être introduite dès le départ et non comme le fait la méthode conventionnelle classique, après que la dimension technique ait été largement avancée,.
  • une inadaptation des propositions techniques faite aux paysans, les recettes toutes faites proposées aux paysans sont en général, issues de la conception des théoriciens ou des politiciens et non des problèmes ressentis par les populations rurales,
  • une participation insuffisante active des paysans à la définition de leurs voies de développement.


La liste nest pas exhaustive, cependant on arrive à constater le degré de mise à lécart du paysan principal supposé bénéficiaire des résultats de la recherche.

Force est alors de constater le fossé qui sépare la recherche agronomique conventionnelle et les paysans qui dans la plupart des cas ont des champs rapprochés les uns des autres, mais avec des techniques parfois différentes.

Face à cette situation, la recherche agronomique doit connaître une nouvelle orientation. Lobjectif de cette nouvelle stratégie sera de faire la recherche au niveau de lexploitation en associant les paysans depuis lidentification, la conception, lexécution et lévaluation des programmes de recherche.


  5.2 Une alternative : l`approche participative de la recherche
Partant des logiques dagriculture paysanne, la recherche pourrait beaucoup contribuer à lamélioration scientifique de cette source dinspiration paysanne. Et cette fois ci par une approche participative :

  • le milieu bio socio économique du paysan est pris en compte,
  • le paysan est considéré comme un chercheur,
  • la recherche partira et prendra en compte tous les éléments du système agricole paysan,
  • le paysan est appelé à participer à la validation, au rejet de certaines pratiques agricoles et lappropriation dautres techniques proposées,
  • le paysan devient un élément dapplication et de diffusion des acquis de la recherche auprès dautres paysans de son milieu.


Ainsi, la recherche pourrait aider à compléter ces techniques à mieux clarifier les notions de rendement des terres, les associations et les successions culturales, etc. et au lieu de chercher par exemple à trouver seulement une variété de maïs à haut rendement, on cherchera aussi à voir les possibilités dassociations culturales, de diminution du coût de production, de maintien de la fertilité, de défense de lenvironnement et de la santé de lhomme.


VI. Contexte institutionnel et économique du secteur agricole
 
  6.1 Généralités
Le secteur agricole occupe 70% de la population et saffirme comme un des principaux moteurs de léconomie sénégalaise en termes de revenu, du budget et de balance commerciale[1]; pourtant, depuis deux décennies, ce secteur traverse une crise. La conjonction de plusieurs facteurs na pas permis au taux de croissance de la production agricole de dépasser le taux de croissance démographique. Ainsi le taux de croissance agricole moyen, sur la décennie 1981- 1991, a été de 2,8%, soit un rythme sensiblement égal à celui de la population.

La contribution du secteur agricole au Produit intérieur brut (PIB) qui était de 18,75% entre 1960- 1966 nest plus que de 11% entre 1987 - 993, alors que pour cette même période, la contribution du secteur secondaire est de 18,94%, celle du secteur tertiaire de 51,86% et celle des services non marchands de 9,87%. La dégradation du PIB agricole trouve son origine, notamment, dans la baisse des cours des produits de base sur le marché international et dans la réduction progressive des subventions qui ont contribué à la diminution des revenus réels en milieu rural, mais aussi les insuffisances de la politique agricole et le manque de compétitivité du secteur.


Parmi les indicateurs qui schématisent la crise du secteur rural, il y a lieu de rappeler que :

  • le Sénégal ne dispose sur 19,7 millions dhectares que 19% de terres arables (3,8 millions dhectares), avec un potentiel de 300.000 hectares de terres irrigables ;
  • les emblavures annuelles de lordre de 2,3 millions dhectares sont globalement constantes depuis une décennie ;
  • les cultures vivrières et dexportation sont à peu près dégale répartition, avec de légères fluctuations saisonnières au profit des céréales selon le contexte pluviométrique ;
  • lessentiel de la production agricole provient des cultures pluviales, les superficies irriguées ne représentant que 4% des surfaces emblavées ;
  • la population du Sénégal croît à un taux annuel de 2,9% ;
  • la superficie cultivée par actif est passée de 1,60 ha en 1976, à 1 ha actuellement ;
  • la superficie réservée aux cultures vivrières est restée constante avec 0,6 ha, tandis que celle des cultures de rente a diminué de 1 ha à 0,4 ha par actif ;
  • la production céréalière nette par habitant est passée de 164 kg à 90 kg, entre 1980 1990, alors que la consommation de céréales par habitant est de 169 kg ;
  • le secteur de la pêche a atteint un niveau de développement assez élevé mais est soumis à des contraintes graves de pleine exploitation des ressources et de rentabilité des unités de pêche;
  • le secteur de lélevage est resté très estimatif, soumis à des déficits fourragers périodiques sévères.


La croissance du secteur agricole est restée insuffisante comparée au taux daccroissement démographique. Ceci sexplique par leffet conjugué des aléas climatiques et de la baisse de la productivité des sols due à la pression foncière. Cela sest traduit par un déséquilibre croissant entre la production agricole insuffisante et fluctuante et les besoins alimentaires croissants. Les objectifs dautosuffisance alimentaire, de diversification des cultures et de mise en place dun réseau efficace de distribution des facteurs de production nont pas été atteints.


NOTAS:
  1. ® Le secteur agricole dans son sens large : agriculture, élevage, pêche et forêt.


  6.2 Description du secteur
La production végétale.


Les quatre grandes cultures céréalières pratiquées au Sénégal sont, par ordre dimportance des superficies cultivées, le mil/sorgho (environ 1.050.000 ha), le maïs (100.000 ha) et le riz paddy (76.000 ha). En ce qui concerne le riz, 56% de la production provient de la région de Saint Louis. La production céréalière a atteint une moyenne annuelle de 800.000 tonnes avec les fluctuations très marquées selon les années et selon la pluviométrie. Le taux de couverture de la demande nationale en céréales atteint 50 à 60%.

Malgré les importants investissements consentis, surtout au niveau des aménagements hydroagricoles dont les superficies ont doublé en vingt ans, et les réaménagements successifs des politiques de développement agricole mis en oeuvre par le gouvernement, le déficit alimentaire continue de se creuser. Les importations de riz se chiffrent en moyenne à 400.000 tonnes par an, ce qui représente, avec les importations de blé estimées à 150.000 tonnes par an, la valeur des exportations halieutiques. Dans le sous secteur céréalier, lengagement pris par le gouvernement, dans le cadre de sa politique agricole, est le remplacement progressif du riz importé par les céréales locales et ladoption dune politique dirrigation moins coûteuse pour la production de riz.

Les cultures de rente.


La production arachidière fluctue beaucoup avec la pluviométrie ; de 1 million de tonnes en 1975/76, elle est passée à 590.000 tonnes en 1985/86 pour accuser un niveau moyen annuel de 800.000 tonnes. Larachide représente 81% des exportations agricoles et 17% des exportations totales. Les superficies cultivées sont stagnantes autour dun million dhectares. Les problèmes de la filière arachidière sont les distorsions entre la production et le niveau de collecte, le niveau des prix et les capacités des usines de traitement.

Larachide de bouche constitue un produit de diversification pour lexportation. La production est passée de 17.000 tonnes en 1987/88 à 27.000 tonnes en 1992, pour une valeur de 2.9 milliards de FCFA. La production est plutôt localisée dans le sud du Bassin arachidier et dans les régions de Kolda et Ziguinchor.

La culture pluviale du coton sétend aujourdhui sur tout lest et le sud du Sénégal. La production est passée de 28.000 tonnes en 1985/86 à 52.000 tonnes en 1992, mais elle reste encore inférieure à la capacité industrielle installée qui est de 65.000 tonnes.

LHorticulture.


Lhorticulture est un domaine où le Sénégal a un avantage comparatif certain. Pour la campagne agricole 1991/92, 10.230 hectares ont été emblavés pour une production de 159.000 tonnes de produits maraîchers dont 80% proviennent de la région des Niayes. La production fruitière est, quant à elle, estimée à 24.000 tonnes dagrumes, 5100 tonnes de bananes et 17.600 tonnes de fruits divers. Compte tenu des potentialités quoffre le Sénégal pour le développement de lhorticulture, le gouvernement a élaboré un plan horticole dont les objectifs sont : augmenter la production de 100.000 tonnes environ pour les productions maraîchères ; et atteindre 12.000 ha environ pour la production de 180.700 tonnes de fruits. La floriculture sera aussi développée sur 200 hectares environ.

Les principales contraintes du secteur restent lorganisation du marché et des producteurs, lorganisation de lexportation, la mise en place dinfrastructures de conservation et de stockage, la sécurisation foncière des producteurs et le coût élevé des facteurs de production (eau, électricité) et aussi le fret aérien pour lexportation.

Les importations de légumes ont été en moyenne de 30.300 tonnes pour une valeur de plus de 3 milliards de FCFA par an. Pour les fruits, les importations ont été denviron 19.000 tonnes pour une valeur de 3,5 milliards. Ces chiffres montrent que le poste fruits et légumes contribue énormément à aggraver le déficit de la balance commerciale. Le Sénégal a donc un intérêt certain à investir dans les programmes de mise en place des plantations fruitières et maraîchères, notamment dans les Niayes, dans les régions sud et au niveau du Bassin du fleuve où il existe des potentialités réelles de production et un climat favorable.

Lélevage.


Avec 7% du PIB, dans le secteur primaire, lélevage vient au second rang après lagriculture. Le Sénégal est devenu pratiquement autosuffisant et envisage lexportation. La disponibilité en viande par habitant oscille de 8 à 11 kg, ce qui permettrait un accroissement de la consommation intérieure. Les grandes épizooties sont maîtrisées ; les ressources en eau existent et lélevage peut se développer, dune part, dans la zone sylvo pastorale et, dautre part, en association avec lagriculture dans le reste du pays. Les principales contraintes qui constituent des obstacles au développement du secteur sont linorganisation des circuits de commercialisation du bétail et lapprovisionnement en aliments de bétail (sous produits agricoles et agro industriels).

La pêche.


La pêche maritime constitue une activité importante, en plein essor, dans léconomie sénégalaise. Le Sénégal est situé dans lune des zones les plus poissonneuses dAfrique de lOuest sur une façade maritime de 700 km. Le tonnage de mise à terre est estimé à 360.000 tonnes environ dont la part exportée représente environ 400 millions de $ EU après dévaluation. Les pêcheurs, regroupés en GIE locaux et départementaux et une fédération nationale de GIE, cherchent à retirer une plus grande plus value de leurs activités en diminuant les coûts des équipements et des intrants et veulent intervenir plus activement dans la commercialisation des produits de la mer. LÉtat, qui sest désengagé de ce secteur, désire céder quelques infrastructures de mareyage.


  6.3 Les causes des échecs des systèmes de crédit agricole avant la mise en oeuvre de la nouvelle politique agricole (N.P.A)
Le financement de lagriculture avant la réforme du système de crédit agricole en 1983 a été essentiellement mené par des organismes publics ou parapublics avec ou non le concours des banques.

Le système bancaire intervenait surtout dans le cadre des crédits consortiaux pour la commercialisation des grands produits agricoles et pour le financement à travers des organismes tels que lONCAD.

Dès lindépendance, le Gouvernement a mis en place un système de financement du monde rural et de sa promotion, reposant sur les Organismes et Structures suivants : Coopératives rurales, Structures danimation et dassistance du monde rural, Organisme de commercialisation des produits, Banques de développement, Structures publiques et Sociétés dencadrement de lagriculture.

Cependant, la mise en place dun véritable système de mise à la disposition des paysans des intrants nécessaires à leurs activités sest développée avec lONCAD.

LOffice National de Coopération Agricole et dAssistance pour le Développement, a été créé par la loi 66 60 du 30 Juin 1966 et sest vu transférer en 1971, la mission de lOCAS supprimée pas la loi 71 61 Novembre 1971.

Le système de crédit reposait sur divers organismes avec une division des tâches en relation avec la spécificité de chaque structure.

Lobjectif du Programme Agricole, mise en oeuvre dans ce cadre comme moyen de financement du monde rural était : de fournir à crédit des intrants tels que les semences, les engrais, les produits phytosanitaires et le matériel agricole et dassurer des services de commercialisation des produits agricoles aux coopératives.

Le crédit nétait jamais fait en espèce.

Le taux dintérêt sur les semences était 25% pour 6 mois environ.

Les autres crédits étaient frappés dun taux dintérêt égal aux taux descompte préférentiel de la Banque Centrale majoré de 1 à 3%.

Ces prêts semences, engrais, vivres de soudure, avaient une durée dune campagne (environ 6 mois) tandis que les prêts déquipement pouvaient être établis en 5 ou 6 ans.

Après avoir recensé les besoins des coopératives, lONCAD commandait les intrants et le matériel nécessaire auprès des fournisseurs "ceux ci étaient payés pour les engrais et matériel agricole par un crédit consortialisé bancaire dont la Banque Nationale de Développement du Sénégal (BNDS) était le chef de file".

Sur la base des accusés de réception par ces coopératives, des intrants et du matériel agricole quelles ont effectivement reçus, la BNDS leur consentait un crédit garanti par leur Capital Social et leur Fonds Commun.

Le crédit devait contribuer à apurer les dettes de lONCAD vis à vis de la BNDS.

Lautre partie résultant du différentiel prix dacquisition prix de cession aux producteurs, devait être couverte par les subventions du Fonds Mutualiste de Développement Rural.

La BNDS était aussi le chef de file dun crédit de campagne consortialisé consenti à lONCAD pour la commercialisation des grands produits agricoles.

La réforme de 1974 des structures dencadrement du monde rural a introduit la notion de développement rural intégré.

Chaque zone écologique ou filière était confiée à une structure régionale de développement rural (SRDR) chargée de la coordination, de limpulsion et de lexécution des actions de développement rural dans cette région : SAED (zone de la vallée du Fleuve), SODEFITEX (zone cotonnière : Sénégal Oriental, une partie du Sine Saloum et Casamance), SODESP (zone sylvo pastorale), STN (Sénégal Oriental, puis maraîchage), SOMIVAC (Zone de Casamance).

Ces diverses SRDR ou des projets qui dépendaient delles ont développé soit en relation avec le système ONCAD ou plus tard la SONAR, soit de manière autonome, un système de crédit agricole.

Celui ci a connu souvent des échecs dus au fort taux dimpayés.

Le système a fonctionné correctement pour la SODEFITEX et plus tard pour la SEPA (arachide de bouche).

Sans nul doute, le programme a incontestablement contribué à une intensification de lagriculture surtout de la culture arachidière.

Ainsi, durant la période 1979 80, les distributions moyennes annuelles du P.A ont porté sur 145.000 houes et semoirs, 47.000 tonnes dengrais et 98.000 tonnes de semences, plus divers autres matériels et vivres de soudure. Ce programme a concerné 1764 coopératives en 1979. Cependant, les difficultés dun tel système qui ont conduit à la dissolution de lONCAD peuvent être succinctement analysées ainsi :

  • Gigantisme de lONCAD qui était une machine lourde avec beaucoup de tâches en 1976, lensemble des dépenses de lONCAD (75 milliards) équivalait à 50% du budget de lÉtat et de 1973 à 1976, les charges de fonctionnement de lOffice ont représenté près de 90% de son chiffre daffaires.
  • Le mode dorganisation des producteurs ne favorisait ni le fonctionnement de la caution, ni à fortiori le contrôle par la base des responsables de coopératives. Ceux ci sont souvent des personnalités locales politiques ou religieuses doublées de gros producteurs. Ainsi, des intrants portés comme dettes de la coopérative étaient accaparés par ces responsables et alimentaient les marchés dautant plus que les prix étaient subventionnés et quil ny avait aucune sanction à lencontre des mauvais débiteurs.


Les revenus agricoles comme résultats des prix agricoles et des productions ont une incidence non seulement sur les taux de remboursement, mais encore sur les capacités dendettement des années ultérieures.

Ainsi des études ont montré une certaine corrélation entre les revenus agricoles et les taux de remboursement. Ceux ci ont été en moyenne inférieures à 60% durant la période du programme agricole.

  • Plusieurs intermédiaires existaient entre lorganisme de crédit et le bénéficiaire final. Celui ci pouvait du reste ignorer complètement le mécanisme de crédit. Les subventions, linterférence de lÉtat qui pouvait prendre linitiative dannuler les dettes sans dénouement réel au niveau de la structure financière. Labsence de sanctions contre les débiteurs et dincitation pour les bons payeurs ont conforté les producteurs ruraux dans la conception de ces crédits comme assistance publique. Dès lors, les coopératives salignaient dannée en année et de zone en zone sur les taux de remboursement les plus faibles afin de ne pas perdre leur part des subventions publiques.
  • Les bénéficiaires contestaient non seulement la quantité mais encore la qualité des intrants censés avoir été mis à leur disposition.
  • Le taux dintérêt notamment pour les semences était jugé élevé.
  • Labsence de tout auto dynamisme du système qui ne sest point occupé da la liaison épargne crédit et sest consacré presquexclusivement à léconomie arachidière.
  • Labsence de toute garantie, la prise de garantie pour certains crédits étant rendu plus difficile par le mode de tenue foncière et la caution solidaire savèrent peu efficace pour les larges rassemblements souvent hétéroclites socialement et économiquement.
  • Labsence de toute institution dassurance contre la calamité et de fonds de garantie destinées à permettre par une péréquation adéquate, de maintenir linstitution en état de poursuivre financièrement son concours.
  • La corruption de beaucoup de fonctionnaires et de peseurs qui avaient des émoluments très faibles face aux immenses flux financiers quils supervisaient ; ils ont alors opéré des ponctions de connivence le plus souvent avec les Présidents, sur les producteurs de base. Cette situation a créé chez ces derniers le sentiment quils ont été trompés et que le non paiement nétait que justice.


Tous ces facteurs ont conduit à un endettement excessif pour le monde rural devenu insupportable pour le système bancaire, les finances publiques et les producteurs ruraux du point de vue de lanalyse stricte de leur capacité dendettement.

Lendettement total du monde rural était évalué au 31 Décembre 1981 à près 31 milliards de francs dont 13,8 de dettes à court et moyen terme (à échéance) BNDS et 17,2 de dettes de semences.

La dette de lONCAD atteignait près de 100 milliards de francs CFA. En même temps que la réforme du système par la création de la SONAR, la dissolution de lONCAD, le gouvernement décidait de lapurement des dettes des coopératives pour près de 20 milliards.

La création de la Caisse Nationale de Crédit Agricole du Sénégal en 1984 constituait un grand espoir pour le monde rural. Cependant, malgré que la CNCAS reste la banque classique la plus proche des paysans, des efforts supplémentaires restent à faire du côté de la banque et du côté des paysans pour assurer un financement adéquat du secteur agricole au Sénégal.


VI. Éléments d`une vision pour l`horizon 2015
Une des principales faiblesses des politiques agricoles qui viennent dêtre examinées est labsence dune vision partagée par lensemble des acteurs dont lengagement est un gage de succès. La perception partagée du futur et des enjeux qui lui sont liés par les producteurs et les autres participants au processus de développement a terriblement manqué aux différentes visions dont se sont inspirées ces politiques.

Une des raisons fondamentales de cette marginalisation des principaux acteurs est la conception dun modèle dagriculture basé sur une substitution radicale de technologies dintensification aux pratiques traditionnelles : la machine se substitue à lhomme, les engrais chimiques à la matière dorigine animale et végétale, lirrigation au système de culture de crue et de décrue. Cette conception na pas laissé de place aux impulsions internes du monde rural car son ambition nétait pas de bâtir une alternative, une voie propre de développement agricole, mais de plaquer un modèle.


  7.1 Réinventer le modèle de développement agricole et rural
Le problème majeur du secteur agricole a été toujours le modèle de développement agricole adopté jusquà présent au Sénégal dont les composantes peuvent schématiquement être décrites :

  • agriculture productiviste et administrée ne permettant aucune participation et responsabilisation des paysans ;
  • paquet technique parachuté (techniques agricoles, utilisation abusive dengrais et de pesticides chimiques) ;
  • approche projet (avec unité de gestion budgétivore laissant peu de place aux activités de terrain, aucune viabilité sinon un feu de paille après le projet) ,
  • approche filières ne permettant aucune intégration entre les différentes composantes (agriculture, élevage, pêche, foresterie), ni déquité entre acteurs par rapport à la plus value produite ;
  • absence de liaison entre production productivité agricole et gestion des ressources naturelles ;
  • absence dun environnement favorable au développement du secteur agricole (prix aux producteurs, crédit, recherche, vulgarisation, infrastructures rurales, foncier, fiscalité, etc.) ;
  • les approches et les instruments de politiques agricoles sont dictées de lextérieur (Bailleurs de Fonds, Experts du Nord).


Ainsi, pour enrayer les tendances lourdes négatives du secteur agricole, il sagira de REINVENTER UN MODELE DE DEVELOPPEMENT AGRICOLE ET RURAL DURABLE.

Ce modèle pourrait avoir entre autres, comme instruments :

  • lagriculture durable comme système alternatif de production agricole à partir dune vision holistique (interdisciplinarité : agriculture, élevage, pêche, foresterie) où les paysans sont moteur du processus ;
  • laménagement et la gestion des espaces ruraux avec un accent particulier sur la gestion des ressources naturelles et la protection de lenvironnement ;
  • le développement local sera le soubassement de toutes les stratégies en fonction des différentes zones ou sous zones agroécologiques du pays ;
  • lexploitation familiale paysanne sera le socle sur lequel le secteur agricole performant de demain sera bâti ;
  • la mise en place par lÉtat dun environnement favorisant et habilitant de la production et de la productivité agricoles, mettant une meilleure répartition de la plus value agricole entre les acteurs selon leur travail.


  7.2 Conditions pour la généralisation d`une agriculture durable
Lagriculture durable cherche lamélioration à long terme des rendements et des revenus en sappuyant sur :

  • des systèmes agricoles basés sur des cultures multiples
  • le contrôle intégré des insectes et des maladies
  • la diversité génétique
  • le maintien naturel de la fertilité du sol, et cela par différentes méthodes : recyclage des nutriments, gestion de la matière organique, amélioration de la structure des sols, etc.
  • la gestion améliorée de leau, etc.


Lagriculture durable ne cherche pas à maîtriser la nature, mais à "collaborer" avec elle. Les systèmes agricoles durables sont donc plus stables quand leur dynamique est la plus proche possible de lécosystème naturel. Ce sont des systèmes complexes qui, si lon veut les gérer correctement, exigent une très bonne connaissance du milieu.

Appliquer cette conception au Sénégal, en particulier dans la zone semi aride, nest pas une tâche facile. Lenvironnement est déjà bien dégradé : sur le bassin arachidier, les densités de population sont déjà fortes et les systèmes extensifs traditionnels sont aussi inappropriés que les monocultures modernisées. Pour créer une agriculture durable, il faut partir des connaissances traditionnelles soit pour des raisons pédagogiques soit parce quelles sont encore plus proches de la réalité mais il faut aller au delà et tout un effort de recherche est à mener pour atteindre ce but.

Il faut demblée accepter quil ny aura pas de solutions "passe partout" et que chaque problème trouve sa réponse spécifique dans le contexte écologique, culturel, économique et social où il est inséré. Il faut aussi tenir compte du fait que lagriculture durable exige une approche holistique qui intègre toutes les composantes dun agro écosystème. Toutes les simplifications qui conduisent à appeler agriculture durable lutilisation du compost combiné à lemploi de pesticides à base de Neem doivent être abandonnées ou bien considérées comme des étapes dans la conversion dun système qui devra intégrer beaucoup dautres composantes.

Les difficultés quil faut surmonter pour créer et gérer les systèmes dagriculture durable ont conduit à des estimations prudentes sur le temps nécessaire quil faudra pour réaliser cet exploit. Beaucoup de chercheurs estiment ce temps à 10 ou 15 ans si les conditions institutionnelles et financières sont favorables.

Sans vouloir spéculer sur ce que nous croyons inestimable, nous osons penser que ce temps peut être plus court si on réussit à créer une dynamique de participation paysanne intensive comme moteur et axe de ce processus. Un appui technique extérieur approprié peut donner des résultats que les stations de recherche natteignent que quelques années plus tard.

Il faut, de toute façon être patient et persistant. Le temps des paysans nest pas le même que celui des organisations étatiques, universitaires ou non gouvernementales. Il faut le respecter. Les systèmes paysans ne se transforment pas du jour au lendemain, même si toutes les alternatives techniques seraient au point. Il y aura des longues transitions, adaptations, innovations à nen plus finir. Limportant cest de mettre le processus en marche et créer la dynamique qui lui permet de continuer.

Quest ce quil faut pour lancer, maintenir et accélérer un processus de ce genre ?

Tout dabord il faut des organisations paysannes bien conscientes de ce quelles cherchent et capable de formuler et appliquer une stratégie cohérente et adéquate. Ces organisations doivent faciliter la création dune dynamique paysanne de mise en commun de connaissances anciennes et nouvelles pour faire face aux problèmes posés par le développement dune agriculture durable.

Comme on la déjà remarqué, il faut partir de la compréhension que les paysans ont de leurs terroirs pour lenrichir avec des nouvelles données paysannes dorigine ou non. Lapport des techniciens et chercheurs peut être très valable pour les paysans si (et cest un grand si) ils sont capables dadopter des paradigmes nouveaux et accepter de soumettre leur science au crible des savoirs et contraintes paysannes. Il leur faudra changer leurs systèmes de recherche pour les approcher de la logique paysanne. Tout cela nest pas facile, ça prend du temps et souvent ça ne marche pas.

Il faut donc changer les systèmes de formation et de recherche pour les rapprocher de la nature et du paysan. Ce nest pas simplement une question de produire des innovations techniques "agroécologiques". On a déjà vu maintes fois comment plusieurs techniques de "larsenal" agroécologique peuvent faire long feu quand elles sont soumises à des situations concrètes.

Laspect pédagogique et méthodologique est capital pour un processus de génération dune agriculture durable. La participation paysanne à toutes les étapes diagnostic, conception, exécution, évaluation est fondamentale et non pas comme acteur secondaire. Or, ces méthodologies participatives sont encore en gestation et dans beaucoup dexemples elles ne font que cacher les véritables centres de décisions.

Dautre part, les méthodes seront dautant plus participatives et moins passibles de manipulation par les intellectuels si les paysans et leurs organisations sont conscients de leur rôle et capables dêtre le pôle dirigeant du processus.

On est donc devant le besoin de clarifier les concepts, définir des stratégies, bâtir des méthodologies et des pédagogies et de développer des techniques pour que lagriculture durable puisse voir le jour. Il manque encore des mesures positives et politiques agricoles pour que le processus ne soit pas bloqué.

Il est évident que lagriculture durable peut être compétitive avec dautres modèles. Dans le cas les plus avancé,s ses rendements sont comparables aux meilleurs de lagro chimie.

Dans les conditions de lagriculture paysanne, les coûts de production de lagriculture durable sont nettement inférieurs à ceux de lagrochimie, mais il est évident quil faudra débloquer certaines contraintes pour assurer la survie du système en période de transition. On verra cela de façon plus claire dans des processus mais, pour donner un exemple, si on nappuie pas les paysans dans leurs efforts de récupération de sols ou de reboisement, ils auront de grosses difficultés pour le faire par leurs propres moyens alors que le rythme de destruction peut être supérieur à leur capacité de réagir.

Il est évident que le coût de récupération de lenvironnement pour permettre une agriculture durable ne peut pas être assuré par les seuls paysans.

Toutes les conditions mentionnées ci dessus conceptuelles, méthodologiques, pédagogiques, techniques, économiques et organisationnelles, ne seront pas obtenues du jour au lendemain par une décision politique du pouvoir. Bien sûr, il faudra un jour que la volonté politique se manifeste, mais elle na pas le pouvoir magique de changer les mentalités et les avoir sous commande. Il faut convaincre tous les acteurs sur le bien fondé de la démarche et pour cela, la seule façon est de montrer une opération complète de développement agricole durable dune envergure suffisante pour quelle attire lattention.

Ce sera un exercice collectif de mise en marche du processus de transformation du modèle de développement où tous les "représentants" de tous les secteurs clefs doivent participer. Des paysans à la base, bien sûr, mais aussi des dirigeants, des ONG avec leurs méthodologies et techniciens, des chercheurs, formateurs et vulgarisateurs de lÉtat, des agroéconomistes liés à la formulation des politiques.


  7.3 L`agriculture face a la mondialisation
 
  7.3.1 Accroissement de la production et excédents agricoles
Lindustrialisation de lagriculture démarre dabord au Nord et les conséquences en sont la réduction du nombre dagriculteurs, la dégradation des ressources naturelles, le développement de lindustrie agro alimentaire de transformation des produits agricoles, la standardisation de lalimentation et lapparition de productions excédentaires devant être écoulées en dehors des pays.

Lintensification agricole et une politique dautosuffisance alimentaire au Nord, conduisent à lapparition dexcédents dans divers secteurs (céréales, viandes, lait sucre) déjà dans les années 70.

Lécoulement des excédents a également pris la forme daides alimentaires. quand elles étaient accordées de manière systématique hors de toute situation durgence, elles ont aussi largement stimulé les exportations commerciales.

Un premier mécanisme pervers de lécoulement des excédents repose sur lapprovisionnement des villes par les produits venant du Nord concurrençant dangereusement la production paysanne locale qui entre en crise, elle même propagée aux secteurs liés à la production agricole. Le chômage et la paupérisation qui en résultent entraînent un exode rural et le renforcement des importations entretenant ainsi le mécanisme décrit. Mais, ce nest pas du tout, puisque cette situation entraîne des besoins accrus en devises, qui détournent la production vivrière vers les cultures de rente, dont lafflux au niveau mondial fait chuter les prix. Sensuit une nouvelle paupérisation qui renforce lexode rural et la croissance démographique urbaine, approfondissant lensemble du mécanisme.

Tant le secteur vivrier que le secteur dexportation connaissent une crise profonde. Le dernier est surtout victime de la réduction incessante des prix et ne résiste en réalité grâce à une surexploitation des ressources naturelles.

Lanalyse des dépendances ainsi créés entre économies du Nord et du Sud se doit être plus fine, mais lon peut globalement constater que la dépendance agricole à légard du Nord repose sur des produits de première nécessité, alors que la dépendance à légard du Sud repose sur des produits de luxe et dalimentation animale (ces derniers provenant surtout dAsie et dAmérique Latine).


  7.3.2 Mondialisation de l`intensification agricole
Le processus a débuté au Nord avec la mécanisation, lutilisation dintrants chimiques (engrais, pesticides), les biotechnologies (processus qui a débuté avec les semences sélectionnées) et les modèles dorganisations. Il a tendance à simposer progressivement au Sud sous limpulsion de la coopération agricole. Importateur de facteurs de production non maîtrisés par les paysans, un secteur agricole qui se veut moderne simpose progressivement surtout en vue de lexportation. Les conséquences sont linadaptation des méthodes de production au contexte écologique et social des pays en voie de développement, lexclusion des paysans et lentrée en crise de lagriculture paysanne, davantage axée sur les cultures vivrières. Cette agriculture, pourtant bien adaptée au contexte local (parce que respectant la capacité de charge de lenvironnement) est ainsi privée de ses possibilités damélioration et de développement dont elle aurait besoin par le biais de la Recherche agronomique et de la Vulgarisation agricole pour assurer la sécurité alimentaire et un développement équilibré et durable.

Car, les paysans nont ils pas besoin darriver à des systèmes de production agricoles évolutifs, dauto perpétuation despèces végétales et animales, leur permettant de mettre sur le marché à chaque période de lannée, des productions à des prix rémunérateurs, et ceci dans une démarche économe (utilisant lensemble des énergies renouvelables disponibles dans le milieu en limitant les imputs extérieurs) tout en sauvegardant les ressources naturelles ?


  7.3.3 Subir ou réinventer l`économie ?
Dans le contexte de la mondialisation les questions didentité paysanne seraient mieux dêtre abordées en termes de PROJET DE SOCIÉTÉ. A première vue, cette approche nous paraît plus solide pour affronter les "charmes" des anciens "dominateurs". A défaut, les paysans risquent dêtre entraînés malgré eux et peut être à leur insu dans un projet de société quils nauront pas écrit et quils subiront. Au fond, de quelle société les gens des terroirs veulent ils ? Quel genre de présent et davenir voient ils pour eux mêmes et pour leurs enfants ? Quelle place envisagent ils de prendre dans cette société civile qui semble vouloir à présent les intégrer ? Avec quel message ?

Pour renforcer sa réflexion dans le domaine de léconomie et des politiques agricoles, le mouvement paysan recherche avec raison des contacts avec divers organismes. Pour quune telle démarche soit véritablement fructueuse, il nous semble nécessaire de disposer de quelques points de repère. Ceux ci nous semblent particulièrement nécessaires pour rentrer dans le débat avec les "grands", lEtat, les Agences daide multilatérale, la Banque mondiale, etc. A première vue, nous voyons trois familles de scénarios possibles :

  • SCÉNARIO 1 : Les paysans se coupent du monde et se retirent dans leurs terroirs. Cest une variante de la voie passéiste : retour à lautarcie, repli sur soi et sur ses ressources.
  • SCÉNARIO 2 : Les paysans sintègrent dans les rouages de léconomie mondiale, ils assimilent autant que possible les règles du jeu de léconomie agricole et tentent de gagner leur place auprès des autres composantes de léconomie marchande.
  • SCÉNARIO 3 : Les paysans rentrent dans le jeu, mais avec leurs règles et leurs logiques, avec leurs valeurs. Ils réinventent léconomie pour eux mêmes, pour échapper à la domination de ceux qui tirent les ficelles à léchelle nationale et mondiale.


Actuellement, il est difficile de dire avec certitude dans quel cas de figure on se trouve. Vraisemblablement loin du SCÉNARIO 1, un scénario difficile à envisager dans les conditions actuelles de la société sénégalaise où largent et les échanges sont devenus une composante importante de la vie de tous les jours. Sans doute sommes nous quelque part proche du SCÉNARIO 2. Cest, selon nous un scénario dangereux, car il pousse les paysans à saligner sur des normes et des modes de vie quils ne contrôlent pas, et quà vrai dire, personne ne contrôle vraiment si on en juge par le désarroi dans lequel se trouvent les anciennes métropoles, adeptes de ce scénario qui prônent la course à la productivité et à la compétitivité. Il nous semble que ce qui domine actuellement les paysans en marge des rouages de léconomie, ce ne sont pas seulement les échanges inégaux, les politiques monétaires défavorables ni les mécanismes de léconomie, ce sont aussi les valeurs et les croyances sur lesquelles se fonde cette économie : en même temps quon rentre dans le jeu de cette économie, on est contaminé par tout ce qui laccompagne, lindividualisme, la compétition à outrance, la concentration du pouvoir là où la richesse monétaire saccumule, la "marchandisation" de la vie. Dans ce scénario, le paysan devient "producteur agricole" et est forcé dadopter la règle dor de cette promotion : que le meilleur gagne, cest à dire le plus productif ou le plus concurrentiel ! Les autres seront éliminés et iront gonfler les rangs des exclus et des laissés pour compte. Dans un tel scénario on aboutit toujours à une même situation : une minorité de gagnants qui senrichissent, une majorité de perdants qui sont devenus plus pauvres et plus humiliés quils ne létaient auparavant. Comment, dans ce cadre là définir la solidarité qui est pourtant une valeur phare actuellement dans le mouvement paysan : solidarité entre les vainqueurs de la compétition agricole, solidarité entre les perdants ?

Dans lhypothèse du SCÉNARIO 3, les choses ne sont pas faciles non plus. Le principal problème, cest quil faut soi même inventer beaucoup et quil nexiste aujourdhui aucun modèle de référence. Il faut inventer une économie qui est conforme aux intérêts et aux valeurs des paysans sénégalais, il faut inventer de nouvelles manières de gérer et de décider, de nouvelles façons daccumuler et de redistribuer, ce qui signifie en fin de compte, "réinventer la vie". Le problème dans ce scénario, nest plus de copier ce que les autres font, de suivre le chemin tracé par les ténors de léconomie marchande, cest à dire de saligner, il faut aller au delà et créer du nouveau. On nest donc plus dans la logique du retard de croissance ou de développement à combler, on est dans la situation de se donner un nouveau point de départ qui ne se compare pas nécessairement avec ce que les autres font ou ont fait avant nous ailleurs dans le monde. Cest autre chose.

En choisissant cette voie, qui est selon nous la moins irréaliste dans le contexte daujourdhui, on ne part évidemment pas de rien. On part de la situation actuelle telle quelle est et on commence par jouer le jeu tel quil existe. La différence avec le scénario 2, cest quon joue le jeu de léconomie avec en tête, non pas lidée de rattraper un retard, de se faire une place auprès des "grands", mais avec lidée de détourner progressivement cette économie à son profit, de la pervertir avec ses propres règles et ses propres manières de faire, cest à dire, se la réapproprier. Disons tout de suite quune telle perspective na rien pour plaire à ceux qui recherchent le confort intellectuel et les certitudes sécurisantes. Tout est à faire, et personne ne peut dire aujourdhui par quoi commencer, quoi faire exactement, ni où cela pourrait conduire. Il ny a pas dexperts pour cette voie là, sauf ceux qui décident de la suivre et de linventer.

On pourrait consacrer un chapitre entier à la comparaison de ces deux familles de scénarios. Nous navons pas la place pour le faire ici. Nous nous limiterons à souligner un aspect particulier, celui de la relation qui existe entre la PRÉVISIBILITÉ et la MARGE DE MANOEUVRE et donc la liberté dont bénéficient les acteurs dans les deux cas. Dans le scénario 2, en salignant sur les règles conventionnelles de léconomie et de la gestion, les paysans deviennent prévisibles et donc plus facilement contrôlables : on sait ce quils peuvent faire et comment ils pourraient le faire. Ce scénario est sécurisant pour des institutions étatiques ou bancaires soucieuses détendre leur maîtrise sur les régions rurales qui actuellement encore, après plus de 40 ans de politique agricole, leur échappent. Ce scénario réduit au minimum lincertitude et donc aussi les espaces de liberté que peuvent sapproprier les paysans. Dans lhypothèse du scénario 3, celui où le paysan suit mais pour innover et se réapproprier à sa manière le système, limprévisibilité est maximale, car nul ne sait aujourdhui prévoir où cela pourrait conduire, et en particulier, nul ne peut savoir si à terme, cette démarche nest pas susceptible de modifier les rapports de force actuels. Lincertitude étant élevée, la liberté des acteurs et donc leur autonomie est maximale : cest la liberté du créateur. Cest un peu lavantage dont bénéficie actuellement ce quon appelle le "secteur informel" qui évolue dans un cadre proche de celui quévoque le scénario 3. Les économistes, planificateurs et gestionnaires sont embarrassés parce que leurs outils et leurs raisonnements ne leur permettent pas de comprendre ce qui se passe dans la "boîte noire". Ils ne leur permettent pas non plus de contrôler ce secteur qui leur échappent et dont ils constatent pourtant la croissance.


  7.4 L`aménagement et la gestion de espaces ruraux
La gestion des espaces ruraux est souvent absorbée par la double entrée de lespace et de la protection /régénération des ressources naturelles. Les méthodes daménagement se formulent alors en termes douvrages antiérosifs, de restauration des sols dégradés, de régénération des sols dégradés, de régénération du couvert arboré et herbacé, de mise en défens et de contrôle de lexploitation des ressources naturelles etc.

A cette approche, nous préférons celle qui part de lexpression, des besoins de la populations dans tous les secteurs à partir dune analyse de ses problèmes, atouts et potentialités, pour définir en concertation de tous les partenaires sociaux, les solutions à mettre en oeuvre et leur ordre de priorité.

Pour répondre aux besoins ainsi identifiés, sont disponibles au plan local, des ressources foncières, végétales, animales, financières et humaines qui, le plus souvent ne sont pas suffisantes. Apparaît ainsi, un écart quil sagit de combler. Des ressources extérieures sont alors nécessaires, mais il importe surtout de parvenir à une meilleure utilisation des ressources locales, plus équilibrée, soucieuse de leur exploitation optimale pour permettre leur reproduction, leur régénération si elles sont fragiles, et favoriser leur protection si elles ne supportent plus aucune exploitation.

Une utilisation différenciée des ressources naturelles, suivant leur état, à laquelle sajoutent des mesures agronomiques (intensification des productions), économiques (valorisation des produits et maîtrise de la commercialisation), socio culturelles (changements des comportements et attitudes) et dorganisation du groupe social (contrôle de lutilisation des ressources, sanctions éventuelles) peuvent ensemble favoriser une démarche maîtrisée daménagement de lespace et de gestion contrôlée des terroirs.

Principales étapes dans l`aménagement et la gestion des espaces ruraux.


  • Phase d`analyse et de diagnostic.

    • Identification des problèmes et des besoins.

      Au plan technique, économique et social (fonctionnement des exploitations, activités en amont et en aval de la production, conditions de vie).

      Au plan agro sylvo hydro pastoral (besoins en matière de régénération, protection, diversification des ressources naturelles).

    • Identification des ressources (exploitées et potentielles) dont dispose la zone dans tous les domaines et leurs états.

    • Humaines (état de santé et qualité / quantité de lalimentation)

      • techniques
      • financières
      • organisationnelles
      • pastorales
      • naturelles (état de dégradation de conservation, exploitation dont elles sont lobjet).


    • Mesure des écarts entre les ressources exploitées et les besoins, afin didentifier les objectifs que le développement doit se fixer pour parvenir non seulement à la satisfaction simple des besoins mais à la production des surplus et à laccumulation de réserves.


    Lécart entre les ressources naturelles exploitées ou bien disponibles et les besoins de la zone est dû le plus souvent aux facteurs suivants :

    • accroissement démographique, accroissement des troupeaux
    • exode et émigration des jeunes et des adultes
    • sécheresses successives et calamités, diverses (criquets)
    • extension non contrôlée des surfaces cultivées entraînant le défrichage de zones sensibles, la baisse de fertilité et lérosion des sols
    • surexploitation des ressources naturelles pour compenser la baisse des rendements et la stagnation ou régressions des productions
    • techniques agricoles inadaptées aux évolutions agroécologiques
    • absence dincitations économiques organisées et durables (exceptée celles, souvent provisoires, des projets).


  • Phase de recherche concertée de solutions.

    • Définition des orientations générales. Il sagit de fixer les objectifs mobilisateurs à court, moyen et long terme, en fonction des besoins et problèmes identifiés, que ce soit dans les domaines économique, social, culturel, ou technique dans le secteur agro sylvo hydro pastoral.

      Une attention toute particulière doit porter à lidentification des relations réciproques (apports ou contraintes) entre développement et aménagement.

    • Définition des actions à mener dans les domaines techniques, économique, social et agro sylvo hydro pastoral pour combler lécart entre les ressources exploitées, autres ressources disponibles et besoins, tout en veillant à la reproduction des ressources naturelles.

    • Identification des priorités et des urgences.

    • Négociation concertation entre les intéressés et avec les partenaires extérieures, pour définir le cadre général du développement et de laménagement et les actions précises susceptibles de réduire les écarts entre ressources et besoins, tout en respectant les exigences dune reproduction élargie des ressources.


  • Phase de définition des actions.

    Amélioration des systèmes dexploitation Création, amelioration des services en amont et en aval de la production dans le sens dune intensification.

    Ce sont par exemple les actions suivantes:

    • association de lélevage à lagriculture
    • fertilisation des sols, cultures associées
    • lutte anti érosive et gestion des ressources naturelles
    • plantations dabres fruitiers et forestiers.
    • production accrue de fumier, au sein des exploitations
    • système dapprovisionnement en outils, semences, produits phyto
    • production de fourrages et sous produits
    • services de commercialisation /transformation/distribution.


  7.5 7.5 L`exploitation familiale socle d`un modèle de développement agricole et rural durable.
La famille est le lieu où traditionnellement sorganisent et se réalisent les activités économiques dans les secteurs de lagriculture, de lélevage, de la forêt et de la pêche au Sénégal.

Lorganisation familiale de la production continuera à être le modèle dominant de lactivité productive dans ces sous secteurs. Lexistence dautres modes de production, pêche industrielle, entreprises agro industrielles, fermes horticoles, ranch ne devrait pas être une menace pour lexploitation familiale.

Le développement agricole durable du Sénégal dépendra donc pour une part essentielle de la modernisation du mode de production familiale.

Cest à ce niveau que les agriculteurs, les éleveurs, les forestiers et les pêcheurs vivent les problèmes et appréhendent très concrètement les défis du développement du Sénégal. Ils sont les principaux exploitants et gestionnaires des ressources naturelles. Mais la rareté de celles ci, la pauvreté, laffaiblissement des liens de solidarité et le manque dinnovations techniques amènent les ruraux à en faire une utilisation parfois destructrice.

Les producteurs familiaux sont particulièrement bien placés pour exprimer le point de vue des exploitants ruraux face à la crise économique et à la dégradation des ressources naturelles. La participation dhommes, de femmes et de jeunes doit permettre la prise en compte des points de vue spécifiques à chacune de ces catégories.

Identifier et analyser leurs contraintes et leurs possibilités, élaborer des positions, esquisser des stratégies et des actions du point de vue des exploitants devraient leur permettre de défendre leurs intérêts et dapporter une contribution unique aux politiques et programmes agricoles qui font souvent la part trop belle aux critères macro économiques et aux consommateurs urbains.


Lanalyse de la faible fourniture et de consommation dintrants agricoles et du sous équipement des exploitations familiales dans toutes les zones agro-écologiques du pays, constituent la meilleure preuve de labsence dintensification de la production et ladoption de systèmes de production non viables à long terme véhiculés par les politiques et stratégies agricoles.


Il sagit de système de production de type extensif qui optimise les surfaces et ne se soucie pas de préservation du capital sol.


Le bassin arachidier (centre ouest), qui regroupe 60% de la population active rurale du pays, (soit 1,2 à 3 millions), souffre dune saturation et dun épuisement des terres (1,5 ha de terre cultivée et 1,8 ha de terre cultivable par actif rural).

Les exploitations agricoles du bassin arachidier, à limage du pays, sont de type familial. Ce sont des agro-pasteurs, en grande majorité dans une situation de survie, leur production étant soumise non seulement aux aléas climatiques, mais aussi aux difficultés de commercialisation et à la faiblesse des moyens financiers.

Lélevage extensif domine dans la zone sylvo-pastorale, avec comme critère de richesse, le nombre de têtes. Le commerce du bétail (achat et vente) est une activité des hommes éleveurs. La production de lait et la commercialisation du lait caillé, sont des activités saisonnières des femmes déleveurs, surtout en hivernage avec labondance des pâturages. En effet, linsuffisance de lalimentation a un impact direct sur les cycles de reproduction. Par ailleurs, labsence de moyens de conservation, crée les conditions dune rapide saturation du marché en période de production. Doù limportance des Unités de lait mises en place par certaines organisations paysannes.

Le caractère extensif de lélevage apparaît également en matière de production de viande, puisque léleveur procède à un déstockage en fonction de ses besoins financiers. Les animaux quil vend sont acheminés, la plupart du temps sur pieds, vers les centres de consommation et on ne compte pas moins de sept catégories dintermédiaires entre le producteur et le consommateur.

Le cheptel doit être analysé non pas comme une activité économique, mais bien une épargne. Le sous-secteur de lélevage na pas beaucoup changé depuis des décennies, à lexception de la production avicole qui a connu un développement appréciable ces dernières années. Mais, elle est en ce moment fortement concurrencée par limportation de viande venant de lUnion Européenne (ailes de dindes, cuisses de poulet à des prix très bas à 1200 FCFA le Kilogramme).

Les Niayes constituent la zone horticole du pays. La grande majorité des exploitations est de type familial avec une taille variant de 0,5 à 2 ha. Elles sont estimées à 35.000.
Lhorticulture emploie beaucoup de main-duvre :

  • la main-duvre familiale, notamment les femmes et jeunes
  • la main-duvre saisonnière appelée «sourga».


Le maraîchage, notamment loignon, à coté du riz et de la tomate industrielle, se développe de plus en plus dans la zone du fleuve. Toutefois, comme dans la zone des Niayes, les conditions de commercialisation et les insuffisances en infrastructures de conservation et de transformation, affectent la rentabilité des exploitations.

Dans la vallée, on assiste à une disparition des périmètres irrigués privés (PIP) à dominante de petits producteurs et où on retrouvait les plus grandes superficies (5 à 20ha) par exploitation. Les PIP sont victimes de leur propre insuffisance (qualité de laménagement, compétences techniques, détournement de lobjet du crédit, impayés, commercialisation, manque de planage et de drainage).

Par ailleurs, les coûts dexploitation pour 1ha de riz sont élevés soit 333.550 FCFA), pour une production moyenne de 5t100 évaluée à 510.000 FCFA de recettes brutes, soit un salaire mensuel de 35.290 FCFA durant 5 mois de travail.
Sur une superficie de 25 ha de riz, les charges dexploitation sévaluent à 11.462.500 FCFA pour une production de 127t500 évaluée à 12.750.000 FCFA de recettes brutes, soit un revenu mensuel de 257.500 FCFA en 5 mois de travail.

Lagriculture en Casamance (régions de Ziguinchor et de Kolda), lune des zones les plus arrosées du pays, est également en situation de survie. Les terres cultivables sont de 0,75 million dha, soit 20% des potentialités du pays, dont 0,697 en potentiel pluvial (93%) et 0,053 en potentiel irrigable. Elles offrent une disponibilité de 1 ha par habitant rural et près de 2 ha par personne active. Les terres appartiennent à la famille. Les terres irrigables sont menacées par la salinité et une réduction importante de la mangrove. Plusieurs projets de construction de digues anti-sel ont vu le jour dans cette zone, mais ne permettent pas encore aux populations de retrouver lautosuffisance alimentaire dantan quelles avaient. Le climat dinsécurité dans cette zone constitue un handicap au développement.

La zone du Centre-Est (région de Tamba), est dominée par la culture du coton qui, contrairement aux autres cultures dans les autres zones, apporte la vulgarisation, la formation et supporte les intrants et léquipement agricole à crédit sur les cultures de coton et des céréales.

En fonction du prix au producteur et des conditions offertes par la SODEFITEX, la culture du coton est constamment en concurrence avec celle de larachide sur les mêmes terres.

Malgré un fort encadrement les rendements nont guère progressé, les superficies mises en valeur tendent parfois à se réduire.

Par ailleurs, dans cette zone, de vastes étendues de forêts sont déboisées continuellement, pour des besoins énergétiques (charbon de bois) et de bois duvre et la biodiversité végétale, animale et micro-biologique est fortement menacée par les prélèvements effectués par lhomme.

Par rapport à cette situation alarmante qui prévaut dans toutes les zones agro-écologiques, le Mouvement Paysan promeut une nouvelle approche dappui-conseil à lexploitation familiale, qui permet à la fois, une production agricole et non agricole diversifiée, avec une productivité accrue et une gestion rationnelle des ressources naturelles et une bonne protection de lenvironnement. Ainsi, le Mouvement Paysan milite pour la défense dun mode de production familial diversifié, favorisant la reconstruction des équilibres écologiques et sociaux. Cette tendance va se poursuivre au cours des années à venir.

Dans une perspective de durabilité des activités productives et de sauvegarde des écosystèmes naturels, il doit sagir de promouvoir dans les années à venir avec les paysans, des systèmes de production viables à long terme, en fonction de chaque sous-zone agro-écologique.La stratégie à utiliser sera de :

  • Identifier dans chaque sous-zone agro-écologique, le mode de production familial et analyser ses forces et faiblesses en fonction de létat des ressources naturelles ;
  • Définir pour chaque sous-zone agro-écologique, un Appui basé sur lexploitation familiale et du mode de production ;
  • Proposer des approches méthodologiques et des techniques de développement des systèmes de production et de gestion des terroirs au niveau de chaque sous-zone agro-écologique ;
  • Mettre en place un système dappui spécifique en fonction de ce qui est proposé pour améliorer les capacités techniques et technologiques des exploitations familiales, de leur système dorganisation et de gestion et leurs capacités financières.
  • Définir un système déchange sous-régional basé sur le mode de production familial durable en relation avec les autres organisations paysannes de la sous-région ;
  • Mettre en place un système de suivi évaluation efficace et définir dune manière concertée, des critères et indicateurs de mesure de lévolution de ces systèmes de production (organisation au sein de la famille avec les différents groupes sociaux, évolution des ressources naturelles/ sols, eau, biomasse, équipement agricole, pratiques et technologies, capital/crédit, trésorerie, revenus/activités agricoles et pastorales, activités non agricoles, sécurité alimentaire, etc.) ;
  • Mettre en place un système régulier de monitoring stratégique, de recherche-action et de capitalisation diffusion sur lensemble des résultats, enseignements et impacts (sociaux, économiques et environnementaux) et den faire une base de négociation avec lEtat et les collectivités locales en matière de politique agricole.


En prévision et en fonction des zones agro-écologiques, le financement dune exploitation familiale pourrait concerner entre autres, les rubriques que voici :

  • matériel agricole
  • animaux de trait
  • élevage de reproduction
  • aménagement de verger
  • embouche bovine et ovine
  • unité familiale de transformation
  • fonds davance de prestations de service et de commercialisation.


Ces besoins sont évalués en moyenne à 3.000.000 FCFA et par exploitation familiale selon une etude réalisée en 2002 par le Mouvement Paysan.

Lagriculture familiale est une agriculture paysanne. Elle se caractérise dabord par sa finalité qui nest pas le profit, mais la reproduction du groupe familial. Le groupe familial est très large le plus souvent car composé de plusieurs générations. Il doit non seulement répondre à ses besoins de subsistance par sa production, mais elle doit assurer à ses membres qui sémancipent pour créer leur propre unité familiale de production et de consommation, les moyens en terre et en main duvre nécessaire. Ces unités familiales de production et de consommation se regroupent le plus souvent en unités de résidences et sont organisés en communautés villageoises partageant le même terroir agricole et très homogènes sur le plan lignager ou ethnique. Cette homogénéité lignagére ou ethnique se traduit par une très grande solidarité entre les ménages agricoles. Laccès aux ressources foncières et naturelles est quasi garantie à tous les membres du groupe mais aussi aux personnes accueillies par la communauté. Il existe bien sur des différences sociales entre les individus et les familles dues à lâge, au sexe, à la caste, à lappartenance au groupe lignager fondateur du terroir. Des mécanismes permettent cependant de limiter les inégalités. Ces agricultures familiales, du fait de leur finalité et de la nécessité de réduire les risques climatiques et parasitaires, combinent toujours plusieurs activités économiques : cultures annuelles et pérennes, élevage, cueillette, chasse, pèche, activités non agricoles sur place ou par des migrations saisonnières. Ces combinaisons sont variables suivant les conditions agro-écologiques et les opportunités offerts sur place ou dans dautres zones.


VIII Agriculture familiale durable comme modele
Ce modèle pourrait sappuyer sur lagriculture familiale durable.

Lagriculture familiale durable est un système agricole qui met laccent sur une gestion rationnelle des resources naturelles (utilisation, conservation, renouvellement des sols, des eaux, des forêts, de la biomase, des resources halieutiquees et animales). Elle cherche à collaborer avec la nature, au lieu de la dominer. Lagriculture durable pousse à une forte intensification des systèmes agricoles, combinée à une forte diversification des productions végétales et animales.

L agriculture familiale durable met laccent sur la diversité biologique et lassociation des cultures. Elle sappuie sur les connaissances traditionnelles des populations, mais senrichie de techniques et de technologies modernes qui limitent les intrants externes. A la place des engrais et des pesticides chimiques de synthèse, lagroécologie utilise lensemble des énergies renouvellables et des matériaux biodégradables disponibles dans le milieu, pour la fertilisation des sols et utilise la lutte naturelle et intégrée dans le contrôle des parasites des cultures.

Lagriculture familiale durable est un système de production agricole, dauto-perpétuation despèces végétales et animales, permettant aux paysans de mettre sur le marché à chaque période de lannée, des productions végétales et/ou animales à des prix remunérateurs, et ceci, dans une démarche économe, utilisant lensemble des énergies renouvelables disponibles dans le milieu, tout en limitant les intrants externes.

Lagroécologie, la biodinamie, et toutes les autres formes dagriculture biologique sont integrés dans lagriculture durable. L agriculture familiale durable est centrée sur lexploitation familiale qui est le lieu où toutes les activités agro-sylvo-pastorales et halieutiques se passent. En effet, lexploitation familiale est un ensemble de système de production composé de différents éléments en relation permanente:

  • le groupe familial
  • les resources naturelles sur lesquelles la famille agit
  • le matériel agricole
  • les facteurs de production
  • les activités non agricoles.


Ainsi, lagriculture durable basée sur lexploitation familiale est un puissant moyen dutilisation et dintensification de la main duvre, par conséquent demplois en milieu rural et de lutte contre la pauvreté.

Néanmoins, les systèmes dagriculture durable sont complexes et sinsèrent dans une dimension beaucoup plus globale et holistique, allant de lexploitation familiale à lenvironnement international, en passant par le terroir, le niveau national et sous-régional.

Ainsi, pour une bonne réussite des systémes dagriculture durable, il est nécessaire de prendre en compte les éléments ci-dessous:


  • Les politiques de développement agricole et rural et les politiques sectorielles doivent donc donner la priorité à lagriculture familiale et prendre en compte le nouveau contexte national et international de cette agriculture. Cette politique nexclue pas les autres formes dagricultures mais elle les replace dans un ordre de priorité correspondant à des critères defficacité et déquité concernant laffectation des ressources publiques.
  • La nécessité davoir dans les zones dexpérimentation, des organisations paysannes engagées dans le domaine de lagriculture durable.
  • Laccompagnement du processus de génération des systèmes dagriculture durable en mettant en place un environnement favorable pour assurer la sécurité et la souveraineté alimentaire des pays et des régions.
  • La definition par lEtat et/ou les organisations sous-régionales de politiques agricoles appropriées permettant aux systèmes dagriculture durable de se metre en place et de se developer pour assurer la sécurité et la souveraineté alimentaire des pays et des régions.
  • Limplication et la participation active des ONG et des organisations paysannes dans la définition de ces politiques. Dans ce sens, le partenariat entre les intervenants a un rôle important à jouer, dans le renforcement des capacitiés des organisations paysannes en matière de politiques agricoles.
  • La valorisation des produits agricoles et de leur promotion et vente au niveau des marchés locaux, par des mesures permettant une compétition saine avec les produits importés fortement subventionnés qui viennent à des prix très bas; la subvention des produits agricoles des pays du Nord, venant au niveau des marchés est un grand frein au développement des produits agricoles locaux (que ce soit au niveau des marchés domestiques ou des marchés du Nord où on leur impose des mesures sanitaires et phytosanitaires contraingnantes).
  • La promotion de léconomie locale permettant une grande rétention de la valeur ajoutée des filières agricoles en milieu rural; ce qui signifiera, aussi, une importante diversification demplois en milieu rural (dans les petites villes et les villages et une augmentation de la demande de biens et de services qui bénéficiera à lensemble de léconomie).
  • La mise en place par lEtat et ses partenaires, dinvestissements structurants et dinfrastructures socio-économiques en milieu rural, pour laccès des populations aux services déducation, de santé, daccès a leau potale, les transports, lhabitat et les services de communication et dénergie.


Limplication des services techniques de lEtat, des ONG, des institutions de recherche et de conseil agricole dans le processus de génération des systèmes dagriculture durable, qui exige des approches et des méthodologies participatives, mais aussi la prise en compte des dimensions sur le plan technique, environnemental, politique, insitutionnel, culturel, social et économique.


  8.1 La question paysanne au Sénégal
Agriculture familiale ou agriculture à base de capitaux intensifs. Deux modes de production agricole coexistent au Sénégal : lagriculture familiale et les entreprises agricoles à base de capitaux. Lagriculture familiale est le fait des sociétés paysannes et des sociétés agraires du Sud. Elle est très largement dominante quelque soient les critères utilisés : population concernée, part de la production et des exportations, revenus générés et effet dentraînement sur le reste de l économie. Seule la canne à sucre entièrement produite en régie par une entreprise agro-industrielle fait exception.

Malgré le caractère dominant de lagriculture familiale, de plus en plus, lidée que celle-ci ne serait pas capable de faire face au défi de la productivité et de la compétitivité se développe.

Ces décisions ont été prises sans une réflexion prospective sur lévolution des systèmes production agricole.

Priorité à lagriculture familiale en zone pluviale. Les raisons pour les quelles lagriculture familiale doit être la priorité des politiques de développement, quil sagisse defficacité économique, déquité et de gestion durable des ressources naturelles sont solides.

La première est quil ny a pas dalternative économique au maintien en milieu rural dune population importante. En effet, malgré le taux de croissance de 4 % de la population urbaine, la population rurale continue de croître de 2 % par an. Léconomie urbaine nest déjà plus capable dabsorber les migrants ruraux doù le développement de la pauvreté en zone urbaine. Les politiques économiques ne permettent pas despérer à terme un renversement de cette tendance.

La deuxième est que, sil faut maintenir une population rurale importante en nombre, il nest pas possible de les maintenir tous dans les activités agricoles. Lamélioration du niveau de vie des populations rurales dont déjà plus de 40 % vivent en dessous du seuil de pauvreté et lapprovisionnement dune population urbaine en forte augmentation supposent une croissance annuelle de la production agricole supérieure à 3 % par an, donc une augmentation importante de la productivité de lagriculture.

Cette croissance ne peut pas être obtenue avec lagriculture à base de capitaux intensifs. Seule une proportion infime de paysans aisés, disposant de revenus non agricoles élevés pourront accéder à ce type dagriculture. Cette agriculture a sans doute sa place dans léconomie sénégalaise et peut jouer un rôle de plus en plus important dans les exportations agricoles. Elle ne résout pas le problème dune population rurale importante et en augmentation.

La troisième raison est que, compte tenu de lampleur de la pauvreté, la seule façon efficace de lutter contre celle-ci est, sur le court et le moyen terme, de remettre à la production le maximum de gens qui en ont été exclus et de permettre à ceux dont la production est trop faible de laccroître.

La question principale que pose lagriculture sénégalaise et le monde rural est double : que faire pour les paysans et en particulier pour la grande majorité des paysans qui nont pas accès à lirrigation ? Que faire pour les ruraux qui doivent abandonner lagriculture ou en faire une activité complémentaire ? Cest ce quon peut appeler la question paysanne au Sénégal. Elle se pose en des termes historiquement uniques.

Les pays occidentaux, qui ont réussi la modernisation de leur agriculture, lont fait dans un contexte de forte croissance de lindustrie et des ressources de lEtat, de maîtrise de la croissance démographique, et dans un contexte politique où il était possible de protéger et subventionner lagriculture.

Le Sénégal, comme la plupart des pays dAfrique au sud du Sahara doit réussir la transformation de son agriculture et développer les activités non agricoles en milieu rural dans un contexte de libéralisation et de mondialisation, de forte croissance démographique et avec un Etat disposant de ressources rares.


  8.2. Les politiques à court terme : assainir et relancer l`agriculture familiale
Les objectifs principaux de la politique agricole. Les objectifs principaux de la politique agricole sont la lutte contre la pauvreté, lamélioration de la sécurité alimentaire en milieu rural et urbain, laccroissement des revenus des ruraux, laugmentation de la production et des exportations de produits agricoles.

Pour les ruraux, les trois premiers objectifs, en particulier la lutte contre la pauvreté, sont certainement prioritaires alors que lEtat ne peut négliger la nécessité d améliorer la sécurité alimentaire des citadins, ni celle de laugmentation des exportations agricoles pour améliorer la balance des paiements. Il est donc important dessayer de trouver autant que possible des stratégies qui permettent de les concilier.

Investir dans les zones où se trouvent les paysans pauvres. Lutter contre la pauvreté suppose dappuyer les exploitations agricoles les plus pauvres là où elles se trouvent.

Cibler les cultures pluviales les plus rentables. En zone de culture pluviale, la stratégie doit être de concentrer les investissements sur les productions pour lesquelles il est possible dobtenir rapidement des résultats avec un investissement minimum, et qui concernent le plus de paysans. Cest donc sur larachide, le coton, le mil, le maïs et le niébé quil faut concentrer les efforts. Des technologies simples sont disponibles à cet effet et sont parfaitement maîtrisées par les paysans (semences sélectionnées de variétés améliorées, fongicides, insecticides, engrais, fumier, compost, matériel de culture et animaux de trait). Les cultures ci-dessus représentent plus de 70 % des revenus monétaires des ruraux tirés de la production agricole.

Laugmentation de ces productions est la façon la plus efficace et la moins coûteuse daugmenter les disponibilités en ressources fourragères, la fane darachide et les pailles de céréales étant les plus grandes ressources pour le bétail, notamment pour les ateliers délevage semi-intensifs en zone Nord et centre du bassin arachidier. Lélevage domestique profiterait directement dune relance des cultures pluviales. Néanmoins, il faut que les organisations paysannes sorganisent de plus en plus sur le plan de la commercialisation des produits.

Des études sont nécessaires pour confirmer les stratégies ci-dessus, mais il y a déjà beaucoup dindications allant dans ce sens et les données sont disponibles pour les réaliser rapidement.

Les enquêtes et les statistiques agricoles montrent que la contrainte principale des exploitations agricoles dans ces zones est laccès aux intrants. Mais cette question se pose sous trois aspects : le prix dachat des produits agricoles, le prix des intrants agricoles et le coût du crédit qui détermine la rentabilité des productions agricoles.

LEtat a décidé en 1997, dans le cadre du nouveau programme agricole, une bonification des taux dintérêt qui sont passés de 13 % à 7.5%. Il a aussi décidé de létalement du remboursement des arriérés de dettes des coopératives et de GIE sur 5 ans. Le matériel agricole a été aussi exonéré des taxes dimportation. Ces efforts se révèlent insuffisants. Beaucoup de sections villageoises de coopératives et de GIE nont pas été en mesure de négocier un étalement de leurs arriérés de dettes vis à vis de la Caisse Nationale de Crédit Agricole du Sénégal (CNCAS) le plus souvent parce que le montant de ces arriérés dépasse leur capacité de remboursement. LEtat pourrait aller plus loin en prenant des mesures dallégement de ces dettes. Cela peut se faire par la prise en charge des intérêts de ces arriérés et par des annulations partielles. Il nest pas nécessaire den préciser ici les modalités. Cela doit faire lobjet dune négociation entre lEtat et les organisations paysannes.

LEtat devrait-il aller plus loin encore en augmentant la bonification des taux dintérêt du crédit pour le ramener par exemple de 7.5% à 5% pour une période limitée. Cette question mérite dêtre examinée surtout si on veut avoir un impact rapide et important dans la lutte contre la pauvreté par une relance de la production. Cette bonification pourrait dailleurs être réservée au crédit pour le matériel agricole pour permettre un renouvellement rapide dun matériel de plus en plus obsolète. Cela éviterait que les exploitations agricoles les plus pauvres ne retombent dans lagriculture manuelle. Les bailleurs de fonds seront sans doute réticents sur cette décision et il est probable quils ne voudront pas contribuer au financement. Le gouvernement peut la mettre en uvre en transférant certaines subventions dont tout le monde saccorde sur linefficacité.

Les mesures ci-dessus visent à assainir la situation dendettement des paysans les plus pauvres et à leur permettre dêtre à nouveau éligible au crédit à des taux dintérêt bonifiés pour relancer la production agricole en touchant un maximum de paysans. Cela peut rappeler les décisions passées déponger les dettes des paysans et qui nont pas eu les effets escomptés. Mais il ne sagit pas dépongement de dettes mais de réduction et détalement de dettes pour les rendre supportables par les paysans.

LEtat pourrait aussi vérifier que les prix de vente des intrants agricoles, en particulier des engrais, des produits chimiques et du matériel agricole ne sont pas exagérément élevés du fait de la situation de monopole des Industries Chimiques du Sénégal (ICS) et de la SISMAR. Dans les faits, dans les secteurs amont (production et commercialisation des intrants) et aval (transformation de larachide et du coton), il ny a pas une concurrence suffisante pour faire baisser les prix des intrants et augmenter les prix dachat des produits agricoles.

Les mesures ci-dessus ont lavantage de concerner tous les paysans et dans toutes les régions.

Créer et renforcer les comités interprofessionnels. La création et le renforcement des comités interprofessionnels dans les principales filières agricoles devraient être une des stratégies prioritaires sur le court terme. La libéralisation nécessite que les acteurs économiques prennent de plus en plus en charge les politiques de filières avec lappui de lEtat et négocient, entre autres, une répartition des plus values dégagées pour que tous, en particulier les producteurs, puissent en tirer profit. Des efforts ont été faits dans ce sens, mais ils sont largement insuffisants, le poids des organisations de producteurs étant très faibles par rapport aux entreprises agro-industrielles publiques et privées.

Développer le micro-crédit. Sur le court terme, toujours dans lobjectif de lutte contre la pauvreté, on devrait accroître les financements disponibles pour le micro-crédit. Le petit crédit a un effet très positif sur les activités non agricoles qui jouent un rôle de plus en plus déterminant dans les revenus et la sécurité alimentaire des paysans les plus pauvres. Il concerne surtout les femmes et les taux de remboursement sont très bons.

Développer les petits aménagements irrigués et les périmètres maraîchers. Le financement de petits aménagements simples et gérables par les paysans pour la petite irrigation dans les zones ou cela est possible, bas-fonds du sud et du sud-est du Sénégal, vallée du fleuve Sénégal, et de petits jardins potagers dans les villages disposant de forages peut compléter efficacement et à un faible coût les stratégies présentées plus haut.

Développer lembouche animale. On peut aussi appuyer sur le plan technique et par des petits financements les opérations dembouche animale des ruraux, particulièrement dans le centre et le Nord du bassin arachidier, zones dont on sait quà cause de la faible pluviométrie, la relance des cultures et de l élevage y sera plus difficile et aura un effet plus limité. Une telle stratégie est certainement plus efficace et moins coûteuse que les actions dinsémination artificielle promues.

Protéger les cultures. Une autre stratégie complémentaire est daccroître les investissements de lEtat dans la lute phytosanitaire pour réduire les pertes élevées de production dues à divers ravageurs tant en cours de cycle quau stockage (exemple des sauteriaux et de la mouche blanche).

Soutenir lélevage en zone sylvo-pastorale. A cause de ses caractéristiques, la zone sylvo-pastorale nécessite des mesures plus spécifiques, dautant plus que la majorité de sa population est en dessous du seuil de pauvreté. Des investissements dans léquipement et lentretien des forages peuvent avoir un effet bénéfique. Par exemple, cela permettrait de créer des investissements dans la création et lentretien des pare-feu sont aussi réalisables dans le court terme. Des actions de ce type sont déjà menées dans le cadre des programmes daménagement et de gestion espaces pastoraux.

Les stratégies à court terme proposées ci-dessus présentent lavantage dattaquer le problème de la pauvreté par la relance de la production agricole. Elles sont cohérentes avec les autres objectifs de la politique de lEtat puisque laccent est mis sur la relance par les investissements dans les intrants agricoles. Lensemble des productions devrait en bénéficier. En particulier, larachide, les céréales pluviales, lhorticulture et le coton devraient voir leur production augmenter. Les revenus des ruraux et les exportations agricoles devraient croître. Lélevage en zone pastorale en profiterait moins doù limportance des stratégies spécifiques à cette zone. Enfin, loffre de produits pour les populations urbaines devrait aussi augmenter.

Mettre en valeur les aménagements irrigués existants. Les incitations ci-dessus peuvent ne pas être suffisantes pour la riziculture irriguée. Les paysans du delta qui sont de loin, les plus endettés bénéficieront davantage que les autres des mesures de remise de dettes. Ils pourront de ce fait se diversifier dans lhorticulture, les semences darachide et larachide de bouche. De nouveaux modèles techniques de production, la réduction des coûts dirrigation, le drainage des eaux dirrigation, la résolution de la question foncière et la formation des paysans sont nécessaires avant que des investissements massifs dans lirrigation, publics et privés ne soient rentables. En attendant, lEtat, les acteurs privés et les partenaires au développement devraient se concentrer sur la mise en valeur de la centaine de milliers dhectares déjà aménagée et sur lagriculture familiale de la vallée.

Investir dans les infrastructures et les services publics en milieu rural. Les stratégies agricoles ci-dessus seront plus efficaces si lEtat met en uvre rapidement les politiques dinvestissement déjà arrêtées dans le domaine des infrastructures rurales et des gros équipements (routes, pistes, eau, électricité et téléphone) et dans le domaine des services publics en milieu rural (éducation, santé, état civil, etc).


  8.3 Les politiques à moyen terme : renforcer les capacités institutionnelles et développer les ressources humaines
Les stratégies à court terme doivent pour lessentiel être poursuivies sur le moyen terme.

La priorité de la politique à moyen terme doit être ce quon pourrait appeler une recomposition et une restructuration institutionnelle.

Il faut donc bâtir les institutions nécessaires à une économie agricole libéralisée et soumise à la compétition internationale.

Renforcer les capacités de lEtat en matière de politique agricole. LEtat doit se donner les capacités et les compétences indispensables pour élaborer, négocier, mettre en uvre et évaluer les politiques de développement agricole et rural efficaces et équitables en partenariat avec les acteurs privés et associatifs. Il faut affirmer plus clairement les choix prioritaires de lEtat, définir un ensemble cohérent de stratégies et en déduire les programmes et les projets. Ce travail peut être fait dans des délais assez courts.

Mettre en place un système dinformation, recherche et appui-conseil aux ruraux. La mise en place dun système dinformation, formation, recherche et appui-conseil aux ruraux est aussi indispensable si on veut appuyer les paysans dans ladoption de technologies améliorées et donc laccroissement de la productivité agricole. Ce système doit permettre à tous les ruraux davoir accès à linformation, à la formation, aux technologies améliorées et aux conseils nécessaires à la prise de décision concernant leurs activités économiques.

Le renforcement des capacités de lEtat et la mise ne place du nouveau système dappui à lagriculture familiale sont en partie définis dans le cadre du Projet des services agricoles et dappui aux organisations de producteurs (PSAOP).

La formation agricole et rurale nest pas prise en compte. Les attributions du secteur privé en amont et en aval de la production ne sont pas non plus bien définies. Seul, le projet de relance de la production arachidière prend en compte de façon satisfaisante la nécessité de comités interprofessionnels pour la définition et le pilotage des politiques de filières associant lensemble des acteurs. Il prévoit le renforcement du comité national interprofessionnel de larachide, la mise en place dun observatoire de la filière arachide et le renforcement des organisations de producteurs. Ces mesures devraient être généralisées au moins aux principales filières agricoles : riz, coton, horticulture, élevage, céréales, etc.

Le travail de conception doit donc être poursuivi pour intégrer ces aspects. La recomposition et la restructuration institutionnelle du secteur agricole prendront du temps. Elles nécessiteront des moyens pour suivre et réajuster au fur et à mesure. Des progrès importants ont été néanmoins réalisés dans ce domaine.

Réussir la politique de décentralisation. Sur le plan des politiques institutionnelles, la décentralisation a une importance capitale pour lagriculture familiale. Elle a été relancée avec la loi de 1996 faisant des régions de nouvelles collectivités territoriales autonomes avec de larges attributions et élargissant les attributions des communautés rurales.

Sa réussite suppose que les collectivités territoriales soient dotées de ressources humaines et financières nécessaires et appliquent des principes de bonne gouvernance et de bonne gestion.

Renforcer les capacités des organisations paysannes. La politique de libéralisation et la politique de décentralisation multiplient les acteurs économiques et politiques du développement. Elles obligent les acteurs économiques, dont les organisations paysannes, à la prendre en compte dans leur organisation et leur partenariat. Il leur faut dialoguer avec lEtat, mais aussi avec les conseils régionaux et les conseils ruraux qui ont des attributions en matière de planification et de mise en uvre des actions de développement, de gestion des ressources naturelles, de services publics, de formation professionnelle, dinfrastructures et déquipements. Ce dialogue existe avec lEtat et les partenaires au développement et commence à donner des résultats. Il exige des O.P., plus de compétences, de capacités et de moyens à tous les niveaux. Il leur faut aussi affirmer une plus grande autonomie par rapport aux acteurs politiques si elles veulent défendre les intérêts de leurs membres.

Investir dans les infrastructures rurales et les services publics. Les stratégies doivent aussi concerner les infrastructures rurales, les gros équipements et les services publics déjà énumérés et dont laccès a des coûts très élevés pour eux : état civil, éducation, santé, formation professionnelle, alphabétisation, etc Labsence, linsuffisance ou la mauvaise qualité de ces services et infrastructures grèvent les coûts de production en milieu rural et les coûts daccès aux marchés urbains. Il ny a pas de doute non plus que les ruraux ne sont pas traités équitablement par rapport aux citadins.


  8.4. Les politiques à long terme : transformer et moderniser l`agriculture Familiale
La définition des politiques à long terme soulève des questions ardues auxquelles il est difficile pour les organisations paysannes dapporter des réponses immédiates sous forme dorientations et de stratégies. Des études, des réflexions et de larges débats sont indispensables. En effet, il est important que cette réflexion prospective soit loccasion de repenser les articulations entre léconomie agricole et le reste de léconomie et entre le monde rural et le monde urbain.

Une croissance agricole exponentielle pour relever le défi démographique. Lampleur de la croissance de la population et son urbanisation rapide obligent le Sénégal à se fixer un objectif de croissance exponentielle de sa production sil veut s assurer un minimum de sécurité alimentaire et assurer la compétitivité de son agriculture sur les marchés national et international. Notre taux de croissance démographique étant près de 3%, nous devons viser une croissance agricole supérieure à 4 % et même plus si nous voulons stopper puis résorber le développement de la pauvreté. On ne doit pas cependant oublier que lefficacité de ce taux de croissance peut être améliorée si des efforts sont faits pour réduire les inégalités.

Le choix dune agriculture à base de capitaux intensifs ne constituant pas une solution efficace et équitable, il faut donc opter pour une transformation profonde de lagriculture familiale sur le plan structurel et sur le plan technologique. Ce qui signifie des exploitations de taille beaucoup plus grande et des agriculteurs capables de maîtriser les techniques modernes de production.

Réformer le foncier pour transformer lagriculture familiale. La transformation des exploitations agricoles suppose une politique foncière qui permette daccroître leur taille. Pour cela, il faut favoriser la sortie de lagriculture des personnes qui ne peuvent en vivre même avec des activités et des revenus complémentaires. Une politique foncière de grande ampleur, y compris une nouvelle législation foncière et la création dinstitutions chargées de sa mise en uvre est indispensable. Cette politique doit comporter des règles empêchant que les ruraux ne soient dépossédés de leurs terres par des investisseurs urbains disposant de capitaux et pouvant acheter les terres à des prix très bas. La création dun marché foncier transparent et la mise en uvre dun droit de préemption pour les paysans au niveau sans doute de la communauté rurale sont aussi nécessaires.

Cette politique accélérera la sortie de lagriculture dun nombre de plus en plus important de paysans. Il nest pas question ici de dire quelle devrait être la taille des exploitations, ni à quel rythme devraient se faire ces sorties. Ce sont des décisions à examiner soigneusement. Par contre, il est essentiel daccompagner cette politique par des politiques dappui à la création dactivités économiques et demplois en milieu rural, dans la mesure où tous ne pourront pas sinsérer en ville et y trouver une activité économique. Cette politique nécessite des moyens importants dans la mesure où à lhorizon de 10/15 ans, la majorité de la population rurale ne sera plus agriculteur ou pratiquera lagriculture de façon secondaire. La politique prônée ci-dessus ne vise pas à obliger les petits paysans à quitter de gré ou de force la production agricole. Il ne sagit pas non plus de réduire la population agricole à moins de 5 % de la population nationale comme lont fait les pays occidentaux. Il faut mettre en place les mécanismes leur permettant de choisir en connaissance de cause le meilleur avenir économique pour eux et leur famille. Compte tenu des perspectives de léconomie urbaine et des opportunités économiques en milieu rural, la majorité dentre eux risque sans doute pour des raisons de sécurité alimentaire de choisir lagriculture à mi-temps.

Former les futurs agriculteurs familiaux. La formation professionnelle systématique de ruraux pour les activités agricoles mais de plus en plus pour des activités non agricoles devra être aussi une priorité. Il nest plus possible de se limiter à former des cadres et des techniciens pour encadrer les paysans. La compétition économique au niveau mondial exige des agriculteurs capables dinnover en permanence et de maîtriser linformation pour saisir les opportunités offertes par les marchés. Il faut donc que les futurs agriculteurs sénégalais soient eux aussi éduqués et formés. Dans une économie mondialisée, il y aura de moins en moins de place pour des paysans analphabètes. La généralisation de léducation de base et la formation professionnelle des agriculteurs et des non-agriculteurs constituent une des conditions de survie à long terme de lagriculture familiale, même si se faisant, elle sera de moins en moins paysanne.

Aménager lespace national et mieux linsérer dans les espaces sous régional et international. La politique daménagement du territoire doit être un des leviers majeurs de transformation de lagriculture familiale. Elle doit viser plusieurs objectifs.

Le premier qui concerne directement lagriculture familiale est dinciter à une meilleure occupation de lespace agricole. Plus des deux tiers de la population rurale se trouvent à lOuest, le long de la façade maritime et plus particulièrement dans sa partie centrale. Par contre, la partie Est du territoire, surtout sa partie Sud-Est qui est pourtant la plus favorable à lagriculture est peu peuplée. Des investissements dans les infrastructures et les équipements, et aussi dans les services publics pourraient renverser cette situation.

Le deuxième serait de favoriser lémergence de ce quon pourrait appeler une nouvelle ruralité. Le Sénégal compte plus de treize mille villages. On peut difficilement envisager de les doter de tous les infrastructures et services auxquels aspirent les populations. La politique daménagement du territoire devrait favoriser le développement dun tissu de bourgs ruraux qui offriraient aux paysans lensemble des services et infrastructures de base pouvant inciter au développement dactivités économiques et sociales en milieu rural. Ce qui en même temps réduirait les inégalités entre populations rurales et urbaines concernant laccès aux services.

Le quatrième objectif concerne lintégration du Sénégal dans la sous région. Le Sénégal est très mal relié aux pays environnants, ce qui constitue un handicap pour lensemble de léconomie nationale, y compris léconomie agricole. Le développement dinfrastructures ferroviaires, routières et de télécommunications avec les pays voisins permettraient à lagriculture de compétir avec celle des pays de la sous région. LUE MOA qui est un pas important dans lintégration économique de la sous-région nest pourtant pas suffisante et il faut essayer darriver à créer une ZONE DE LIBRE-ECHANGE AU SEIN DES PAYS DE LA CDEAO.

La politique à long terme daménagement du territoire doit donc permettre daméliorer larticulation de léconomie agricole et rurale avec les marchés urbains nationaux et extérieurs et de construire une nouvelle ruralité.

Ces politiques structurelles seront efficaces si elles sont complémentaires de politiques dintensification durable et de diversification de la production agricole dans les zones favorables : sud du Sénégal et du bassin arachidier, vallée du fleuve Sénégal.

Ailleurs, centre et Nord bassin arachidier, zone sylvo-pastorale, une agriculture et un élevage extensifs mais durable devraient pouvoir être maintenus, si nécessaire en subventionnant en partie les ruraux vivant dans ces zones.

Ces politiques dintensification et de diversification supposent un système national dinformation, de formation, de recherche et dappui-conseil en faveur des ruraux. Elles supposent des politiques de filières qui permettent aux agriculteurs davoir une offre de produits répondant aux exigences du marché en qualité et qui sintègrent dans des filières de transformation, conditionnement et mise en marché efficaces et compétitives.

L expérience montre que les industries de transformation et les sociétés de commercialisation jouent un rôle essentiel dans ce sens. Il leur appartient davoir une bonne connaissance des demandes des marchés et dorienter les producteurs. Cest aussi dans les segments de la transformation et de la commercialisation que se réalisent de plus en plus les plus-values.

Les stratégies ci-dessus ne doivent pas cependant faire croire que les questions à long terme sont simples à résoudre.

Quel modèle dagriculture ? Le libéralisme et la mondialisation véhiculent, à travers les politiques dajustement structurel, les Accords de lO MC, mais aussi, on loublie souvent, le traité de lUEMOA, deux modèles qui peuvent mettre en cause ou marginaliser lagriculture familiale.

Le modèle agro-industriel occidental est à la veille dune révolution technologique. La combinaison des biotechnologies, de linformatique et des techniques de positionnement par satellite vont permettre de conduire une entreprise agricole comme une usine.

Les nouvelles variétés contenant des OGM (organismes génétiquement modifiés) vont permettre un accroissement des rendements importants, mais avec des conséquences lourdes sur la vie et sur lenvironnement.

Les expériences de ce quon appelle lagriculture de précision confirment quil sera possible demain dautomatiser la plupart des travaux culturaux dans les grandes fermes.
Les agricultures familiales risquent dêtre encore marginalisées.

Pour définir sa politique agricole à long terme, le pays a besoin dune réflexion sur les modèles dagriculture quil souhaite promouvoir et sur la place et limportance de chaque modèle.

Quel modèle de consommation ? Un autre modèle est véhiculé par les politiques de libéralisation et de mondialisation, cest le modèle de consommation occidentale sous limpulsion de lagro-indusrie et des multinationales. De plus en plus on voit quil nest pas généralisable à lensemble de la planète, que cest un modèle fait pour le milliard de consommateurs des pays occidentaux. Faire croire aux pauvres quils pourront rattraper les riches et consommer comme eux est politiquement et socialement dangereux. En fait, les inégalités entre riches et pauvres et entre pays développés et pays sous développés nont jamais été aussi grandes. En laissant le seul marché régir léconomie, on ne fera quagrandir le fossé. Il y a donc des choix politiques à faire.

Le Sénégal ne peut à lui seul changer le cours des choses, mais il a au moins lobligation dy contribuer. Pour les organisations paysannes, cest dabord au niveau national quil faut se battre pour convaincre lensemble de leurs partenaires que lagriculture familiale a de lavenir et quelle peut apporter sa contribution au développement national. Sans un consensus sur ce plan, il sera difficile de mobiliser une majorité en faveur dune transformation de cette agriculture familiale. Les O.P. ne pourront pas réussir cette majorité sur la base de leur seul discours. Il leur faut développer une connaissance et une réflexion propre, mais aussi se doter dune expertise capable de les appuyer dans ce sens.

Il leur faut aussi pousser lEtat à développer les alliances et les solidarités sous-régionales et internationales pour défendre ces idées.


  8.5 Conditions de Viabilité de l`Exploitation Familiale:
  • Développement dune politique dapui aux exploitations familiales et dinsertion des jeunes (diplômés ou non) dans le secteur agricole.
  • Mise en place de centres de promotion rurale pour les jeunes: éducation, formation et apprentissage au métiers agricoles.
  • Reconnaissance, valorisation et respect des dimensions culturelles, sociales et économiques de lEP.
  • Promotion des conditions favorables à la viabilité de lexploitation familiale, en particulier la lutte contre lanalphabétisme.
  • Le développement de services dappui technique et économique.
  • Amélioration du cadre de vie en milieu rural.


Approvisionnement Intrants (production végétale et animale):

  • Accessibilité, disponibilité (réseau de distribution) et variété. Garantie de qualité et coûts abordables.
  • Développer des services de proximité pour la production et la conservation des facteurs de production (semences et intrants)
  • Mise en place de services de contrôle et législations sur les normes et contrôle qualité des intrants.
  • Mise en uvre dune politique fiscale et douanière pour baisser les prix des facteurs de production
  • Mise en place de guichets uniques pour raccourcir les coûts et procédure administratives des facteurs de production.
  • Mise en place de centrales dachat.
  • Opter pour la production des engrais spécifiques liés à la culture et aux types de sols (intrants adaptés à la qualité des sols et aux méthodes de production).


Production :

  • Promotion, diversification et intégration des filières porteuses (lutte contre famine, pauvreté, insécurité alimentaire),
  • Formation en qualité et en quantité.
  • Valorisation des ressources en eau et en terre (maîtrise de leau partout où cest possible).
  • Mise en uvre dune politique dassurance agricole pour contenir les différents facteurs de risque qui fragilisent les producteurs et leurs systèmes de production.
  • Promotion du contrôle des normes de qualité des produits.
  • Mobilisation du secteur privé non agricole (fournisseurs, industriels, banquiers, transporteurs, chercheurs, etc.) pour appuyer lexploitation familiale.
  • Promotion de NOUVEAUX SYSTEMES DE PRODUCTION DURABLES.


Equipement agricole :

  • Disponibilité, accessibilité et coûts (réduire le coût élevé et difficultés daccès) des équipements productifs en général.
  • Réduction des impôts et taxes ou éxonération sur les équipements agricoles et autres facteurs de production (facilités fiscales et douanières).


Environnement :

  • Gestion et protection, restauration des écosystèmes (restauration et protection du capital productif)
  • Politique régionale de gestion de la fertilité des sols (amélioration des pratiques culturelles)
  • Promotion de lutilisation des énergies de substitution au bois (énergie solaire, éolienne, gaz, etc.)


Foncier :

  • Sécurisation de la propriété foncière (mise en place de codes et immatriculation).
  • Politique agro-foncière sécurisante pour les propriétaires et les exploitations.
  • Réforme foncière pour laccession des petits exploitants, des femmes, des migrants et des jeunes à la propriété foncière.
  • Réactualisation des codes pastoraux.
  • Problèmes de la transhumance transfrontalière : concertation et négociation entre les acteurs.


Financement :

  • Réduction des taux débiteurs et création de mécanismes et structures dintervention à moyen et long termes adaptés au financement de lagriculture.
  • Mesures incitatives au profit de linstallation des jeunes agriculteurs.
  • Création dune banque agricole régionale et la mise en place dun fonds de garantie et de bonification des emprunts agricoles, avec des démarches de financement adaptées aux exploitations familiales et aux calendriers culturaux.
  • Mise en place dun fonds régional UEMOA de modernisation rurale et de maintien des agricultures familiales et de développement local.
  • Crédit de commercialisation pour achat et stockage des produits agricoles.
  • Prise de participation des organisations paysannes et des producteurs agricoles dans les capitaux des unités industrielles du sous secteur.
  • Rétrocession partielle des prélèvements pour le développement des filières.


Stockage :

  • Appui à la mise en place et/ou réhabilitation dinfrastructures de stockage, notamment contre les problèmes des pertes post-récoltes considérables (une politique de stockage et de conservation des récoltes).
  • Mise en place de mécanismes pour le stockage et la commercialisation des produits agricoles.
  • Mise en place et réhabilitation de banques de céréales notamment pour assurer la sécurisation des producteurs et aider à une autonomisation des OPA.


Transformation :

  • Création dunités de transformation des produits agricoles en milieu rural, à linitiative ou par prise de participation des OP.
  • Valorisation des matières premières locales par les unités industrielles existantes.
  • Promouvoir la polyvalence des structures industrielles.


Commercialisation :

  • Promotion des échanges internes à la sous-région.
  • Organisation des circuits et marchés découlement et prix aux producteurs raisonnables. Politiques promotionnelle des taxes sur les facteurs de production.
  • Organisation des échanges commerciaux entre OPPA (gari contre oignon) et mise en réseau des marchés (bourse de produits).
  • Promotion des avantages comparatifs de chaque pays (Renforcer chez chacun ses avantages).
  • Une politique des prix aux producteurs tenant compte à la fois des coûts de production et de lamélioration du revenu.
  • Protection du marché régional et compétitivité de la production UEMOA et plus tard CEDAO.


Échanges et transport :

  • Renforcement de la surveillance dans la mise en application des textes régissant la circulation des personnes et de leurs biens dans les pays membres (arrêt de la tracasserie policière et douanière limitant la libre circulation des produits tant à lintérieur du pays quentre les pays de la sous-région).
  • Libre circulation des personnes et des biens, à lintérieur de chaque État et entre les États (Nord au Sud et Sud au Nord). Désenclavement des zones de production développement des réseaux routiers (Organisation des transporteurs et politique de développement des Chemins de fer de qualité au niveau sous-régional; une politique de désenclavement centrée sur louverture et lentretien des pistes de desserte rurale).
  • Développement du réseau routier maritime, ferroviaire et aérien inter-Etats.
  • Désenclavement des zones de production par le développement des infrastructures de communication,.
  • Organisation « conjointe » du fret aérien.
  • Promotion des foires agro-sylvo-pastorales et de lartisanat.


Communication :

  • Développement de réseaux sous régionaux Ouest-africains pour intensifier les échanges entre les organisations paysannes, la concertation et la négociation pour la mise en place de services dappui, notamment dapprovisionnement, de recherche appliquée, de conseil, de transformation/stockage, de commercialisation, de prix.
  • Développement de programmes « radio rurale » régionaux.
  • Programme régional daccès aux Nouvelles Technologies de lInformation et de la Communication.
  • Mise en place dun système régional dinformation sur les marchés (disponibilité et production).


Formation et Information :

  • Formation et information des responsables, personnels et membres des organisations paysannes notamment sur les exigences du libéralisme économique et la nécessité de le changer.
  • Appui à la réflexion stratégique et renforcement des capacités institutionnelles, techniques et de gestion des EF.
  • Politique déducation rurale pour réduire lampleur de lanalphabétisme, la non-maîtrise de la gestion des exploitations et des organisations de producteurs et le déficit dinformations technologiques.
  • Gestion et management des OP (Élus/Cadres).
  • Renforcement et amélioration des politiques nationales et des programmes régionaux de Recherche-Développement pour encourager la création de technologies plus adaptées et la valorisation des savoirs et pratiques endogènes.
  • Production et diffusion dinformations économiques.
  • Échange technologique entre les réseaux dOP, les centres de recherches agricoles de la sous-région.
  • Subventions publiques au profit de la formation continue des producteurs.
  • Cogestion (droit de regard) des projets de développement pour tenir compte de la création des collectivités locales comme centre dimpulsion du développement local et de la démocratie participative.
  • Réorganisation de laccompagnement des producteurs sur la base de contrat-programme de conseil agricole (conseil agricole et recherche spécifiant les responsabilités et les obligations de résultats de chaque partenaire (services publics de conseil agricole et de recherche, ONG, producteurs).


Suivi-évaluation :

  • Implication systématique des OP dans le suivi-évaluation de tous les programmes et projets du secteur agricole et rural.


XI. Cooperation internationale et developpement durable : quels enjeux pour le 21ème siecle ?
 
  9.1. Introduction.
Du 26 Août au 4 Septembre 2002 sest tenu le Sommet Mondial sur le Développement Durable à Johannesburg en Afrique du Sud. Le Plan dAction adopté par les 191 pays qui étaient présents à ce Sommet de la Terre nest pas ambitieux pour réduire de moitié la pauvreté dici 2015 les 1,2 milliards dindividus de la planète, vivant dans une situation dextrême pauvreté avec moins dun dollar US par jour. Le rapport 2001 du FIDA sur la pauvreté rurale nous indique que ¾ des pauvres vivent et travaillent en milieu rural et que la répartition de la pauvreté dans le monde sétablisse ainsi : 44% en Asie du Sud, 24% en Asie de lEst, 24% en Afrique Subsaharienne et 6,5% en Amérique Latine et Caraïbes.

La pauvreté est donc essentiellement rurale. Si on prend le cas de lAfrique où lagriculture selon les chiffres de la FAO, fournit 35% du Produit Intérieur Brut, assure 60% des revenus et emploie 80% de la population active, on peut en conclure que des performances médiocres de ce secteur ces dernières décennies ont affecté non seulement la croissance de léconomie, mais ont favorisé aussi une pauvreté qui augmente de jour en jour, rendant ainsi les conditions de vie des populations de plus en plus difficiles. En Afrique, le nombre de personnes sous-alimentées sest accru, passant de 173 millions en 1990-92 à 200 millions en 1997-99, alors que 97% des victimes de linsécurité alimentaire sur le continent vivent dans les pays dAfrique subsaharienne, où plus du tiers de la population (34%) entre dans la catégorie de personnes sous-alimentées. Ce fléau de la faim aussi largement répandu est extrêmement préoccupant. Pour que le rapport dautosuffisance en Afrique subsaharienne se maintiennent en 2015 à son niveau de 1995-97 (environ 85%), le sous-continent devra produire lui-même 118 millions de tonnes de céréales sur les 139 millions de tonnes dont il a besoin. Par ailleurs, la part de lAfrique dans les exportations agricoles mondiales ne cesse de diminuer. Elle est passée de 8% en 1971-80 à 3,4% en 1991-2000.

La pauvreté nest pas seulement alimentaire et labsence de revenus monétaires ; elle est multiforme et concerne aussi laccès difficile à la santé, à leau potable et à lassainissement, à léducation, la formation et linformation et laccès aux ressources naturelles et financières. Dans tous ces domaines, les pauvres ont dénormes difficultés pour y accéder correctement.

Mais, les véritables questions à se poser sont : pourquoi ya t-il la pauvreté ? comment ça arrive aux populations ? quelles sont les solutions pour non pas réduire la pauvreté, mais léradiquer définitivement ?

Le modèle agro-industriel de développement adopté dans le monde ces dernières décennies, est la véritable « machine de génération de la pauvreté ». Les politiques et les stratégies économiques, institutionnelles, culturelles, sociales, écologiques et agricoles, mises en uvre par les Gouvernements, souvent sous limpulsion des Institutions Internationales comme la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International et lOrganisation Mondiale du Commerce, sont les mécanismes par lesquels, la pauvreté arrivent au niveau des populations, surtout celles qui vivent en milieu rural.

La mondialisation de léconomie a été le bouton daccélérateur de la pauvreté dans le monde.


  9.2. Les enjeux de la mondialisation de l`economie
Depuis la fin de la 2ème guerre, le commerce international a toujours été un puissant moteur de la croissance dans la plupart des pays.

Linterdépendance croissante entre les marchés et la production de divers pays par le biais déchanges de biens et services mais également de mouvements internationaux de capitaux et de technologie est caractéristique du processus dit de mondialisation. Ce phénomène de mondialisation sest au demeurant nettement renforcé depuis la chute du Mur de Berlin en Novembre 1989 qui a précipité louverture des pays de lEst aux vents de réforme libérale et au Marché international. Il lest devenu encore plus avec la conclusion du cycle de lUruguay et la création de lOrganisation Mondiale du Commerce en 1995.

Il apparaît ainsi que le marché international transcende les frontières et propage inéluctablement en son sein lincidence de décisions et politiques souverainement adoptées notamment au niveau de ses pôles les plus dynamiques.

Cest en particulier le cas lorsque se produit par exemple un regain de croissance aux Etats-Unis, en Europe ou au Japon, où lorsque pour une raison ou une autre les prix flambent dans les pays industriels, londe de choc relayée par le marché est inévitablement ressentie au niveau de toute la planète. Les perturbations nées dune variation brutale des taux dintérêts américains ou du taux de change du dollar US sont également ressenties un peu partout dans le monde.

Lessor des Investissements directs étrangers dans les années 80 et le développement des échanges intra-entreprises par le jeu des multinationales constituent également des signes du phénomène de mondialisation.

En définitive, dès lors que le processus de mondialisation a fini par simposer, ne laissant dautres alternatives que la recherche de la compétitivité pour sadapter à la concurrence qui en est la règle dor, comment sy insérer sous peine dêtre confié à la périphérie du système ? Comment éviter en effet dêtre ravalé au rang exclusif de simple pays client, de surcroît insolvable ou fortement endetté? La réponse adéquate à ce type dinterrogation renvoie forcément à la nécessité de bien percevoir les enjeux de la mondialisation. Il est important par conséquent de bien comprendre les caractéristiques essentielles de léconomie mondiale à travers son organisation et sa dynamique. Il est tout aussi fondamental de bien cerner la place ainsi que les perspectives des pays en voie de développement et surtout de la région Africaine dans léconomie internationale. Il y aurait lieu enfin danalyser les opportunités offertes potentiellement aux pays en développement en général et en Afrique en particulier résolument ouvert sur le monde en mettant en exergue les contraintes et exigences dune intégration poussée et harmonieuse de son économie au commerce sous régional et régional qui doit en lui même être tonifié et au-delà au commerce international.

Par delà la taille gigantesque et lopacité des frontières, léconomie internationale possède en vérité les principaux déterminants dune économie nationale. Elle a son marché, espace géographique de rencontre des offres et demandes de biens et services mais aussi de facteurs de production, notamment du facteur capital. Elle a son organisation et ses règles pour assurer et discipliner la compétition entre les différents acteurs. Elle secrète ses pôles de croissance et une périphérie qui sadapte tant bien que mal. Elle tend à devenir de plus en plus transparente avec le développement des moyens de communication et des observations par satellite.

Dune façon générale, les balises pour un commerce international plus performant sont codifiées par lOMC.

Lintégration au commerce mondial dans le respect des règles libérales et concurrentielles que lOMC vise à renforcer dans la surveillance des politiques commerciales nationales exige par conséquent, en particulier dans les P.V.D. tels que ceux dAfrique, un effort résolu daccroissement de la base exportatrice et de la compétitivité des productions. Le secteur exportateur, dont les coûts relatifs doivent être de plus en plus réduits, serait ainsi promu en pôle moteur de léconomie.

Une telle orientation vers la grande exportation suppose une amélioration et une diversification de la production et requiert pour son financement la mobilisation de ressources financières excédant généralement les possibilités de lépargne domestique ; doù la nécessité pour tout pays davoir un bon crédit extérieur, garantie de libre accès aux marchés de capitaux Le marché mondial des capitaux qui sarticule à celui des biens et services a lui aussi des règles daccès contraignantes. La raréfaction de lAide Publique au développement (APD) montre que les ressources financières, quelles soient publiques ou privées, étrangères ou nationales, resteront canalisées de plus en plus vers les pays jugés à moindres risques. Ceux-ci peuvent être décrits comme ceux qui tout en progressant dans la libéralisation économique appliquent avec succès des politiques macro-économiques saines.

Laccès au marché des capitaux est ainsi tributaire forcément dun satisfecit des institutions qui régissent le système monétaire et financier international. Au cur de ce système, le FMI et la BIRD, de façon complémentaire et coordonnée assurent une surveillance multilatérale rigoureuse. Ils conditionnent leur aide financière ainsi que celle des autres bailleurs de fonds (très attentifs à leur diagnostic et à leur engagement) à ladoption et la poursuite sans relâche dun processus de réforme et dajustement structurel des économies. Les orientations impulsées par ces institutions dans les domaines de la stabilisation macro-économique, du respect du service de la dette des pays pauvres, du renforcement de la croissance développement participent du processus de mondialisation. La levée de toutes les barrières du commerce et la suppression de toute restriction de change est ainsi érigée en condition daccès au marché des capitaux et même à laide financière internationale.

Les critères de jugement des stratégies de stabilisation et dajustement économique à moyen terme sont connus : ils portent notamment sur lassainissement des finances publiques et la viabilité des comptes extérieurs, la fermeté de la politique monétaire pour lutter contre linflation, ladoption dun taux de change réaliste, louverture de léconomie au commerce international, aux mouvements de capitaux et à la concurrence.

Lorganisation de léconomie mondiale est cependant dans son essence multipolaire. Léchange inégal dans un monde de concurrence se traduit par conséquent par lémergence de blocs plus ou moins hégémoniques et la périphérie du système ne peut se soustraire à la nécessité de se regrouper pour mieux sadapter. Les pays industriels donnent encore le ton à cet égard. Déjà dominants, ils se regroupent néanmoins pour optimiser leurs chances face aux blocs concurrents. LUE (Union Européenne) et lALENA(Accord de Libre Echange Nord Américain) en sont lillustration pour ne citer que ceux-là.

Cette analyse correcte du phénomène de mondialisation que nous reprenons, est celle de beaucoup déconomistes Sénégalais et Africains.

En Afrique, les diverses tentatives de coopération régionale entament un nouveau mouvement de rationalisation. La création récente de LUnion Africaine et le Nouveau Partenariat pour le Développement de lAfrique (NEPAD) constituent des avancées historiques.

En effet, au cours de lannée 2001, prenant conscience de lénorme retard de lAfrique, de la situation désastreuse de ses populations et de linefficacité des interminables études et plans irréalistes qui ont jalonné lhistoire de lAfrique depuis lindépendance, des Chefs dEtat prirent sur eux-mêmes, linitiative de proposer des plans procédant dun esprit tout à fait nouveau.

Cest ainsi que les Présidents Tabo MBEKI de lAfrique du Sud, Olusegun OBASANJO DU Nigeria et Abdel Aziz BOUTEFLIKA dAlgérie proposèrent le Millenium African Plan (MAP) pendant que le Président Abdoulaye WADE du Sénégal proposait le Plan OMEGA.

Les deux plans furent fusionnés en un plan unique: la Nouvelle Initiative Africaine (NIA) qui sera plus tard baptisé Nouveau Partenariat pour le Développement de lAfrique, abréviation de lAnglais New Partnership for Africas Development.

Le Sommet des Chefs dEtat tenu à Lusaka en Juillet 2001, adopta la Nouvelle Initiative Africaine. Le NEPAD se veut une vision à long terme du développement de lAfrique par les Africains eux-mêmes, pour éradiquer la pauvreté en Afrique et placer les pays africains individuellement et collectivement, sur la voie dune croissance et dun développement durable pour mettre ainsi un terme à la marginalisation de lAfrique dans le contexte de la mondialisation.

Le NEPAD a défini dix sur-priorités : la Bonne Gouvernance publique, la Bonne Gouvernance de léconomie privée, les Infrastructures, les Ressources humaines y compris léducation, la Santé, lAgriculture, lEnergie, les Nouvelles Technologies de lInformation et de la Communication, lEnvironnement et lAccès des produits africains aux marchés des pays développés.

Les populations africaines portent un grand espoir au NEPAD qui devrait travailler pour impliquer lensemble des populations africaines sans exception dans sa compréhension, sa prise en charge, sa mise en uvre et son évaluation, et au lieu dessayer de combler le gap qui sépare lAfrique par rapport aux régions développées du monde, il devra sagir de réinventer son propre développement à partir de son identité culturelle et des aspirations profondes de ses populations, afin darriver à leur épanouissement global sur le plan spirituel, culturel, social, économique, écologique et politique.


  9.2.1. Mondialisation, Subventions Agricoles et Pauvreté
Le Sommet de Johannesburg nous apprenait quen 2001, les pays riches ont accordé six fois plus de subventions à leur agriculture que daide au développement soit 311 et 55 milliards de dollars US respectivement. Cette situation donne au secteur agricole de ces pays un avantage concurrentiel certains par rapport aux pays pauvres. Ainsi, les produits agricoles des pays riches arrivent à des prix de dumping (très bas) au niveau des marchés déjà ouverts des pays en développement où, les consommateurs pauvres les achètent au détriment des produits agricoles locaux provenant des petites exploitations familiales dont les revenus baissent de jour en jour.

Cest le cas de la viande bovine européenne qui a détruit les moyens de subsistance des éleveurs du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger) qui exportaient leur viande dans les grandes métropoles de lAfrique de lOuest (Cote dIvoire, Togo, Bénin) où la viande européenne était vendue 40% moins chère que la viande locale. Cest aussi le cas des ailes de dinde ou des cuisses de poulets au Sénégal venant dEurope qui coûtent 1100 FCFA le kilogramme alors que celui du poulet produit localement coûte 2000 FCFA.

Par ailleurs, les marchés des pays développés représentent lessentiel des débouchés des exportations agricoles africaines qui sont confrontées à des difficultés daccès à ces marchés qui appliquent des crêtes tarifaires pour plusieurs produits (sucre, viande et produits horticoles) et la progressivité tarifaire continue à prévaloir dans plusieurs chaînes de produits importants (café, cacao, graines oléagineuses, légumes, fruits, cuirs et peaux notamment). A cela, sajoutent des mesures sanitaires et phytosanitaires qui sont de véritables barrières non tarifaires à lentrée des produits agricoles africains à ces marchés.


  9.2.2. Atteinte à l`Environnement, aux ressources naturelles et à la Biodiversité
Le modèle de production agro-industrielle a fini de causer des dommages incalculables à lenvironnement, aux ressources naturelles et à la biodiversité. Ses coûts de production nont jamais intégrés les dommages à lenvironnement dans la détermination des prix des produits agricoles. Lutilisation de lénergie fossile et les émissions de gaz à effet de serre produites par ce modèle de production, combinée à celle provenant des usines, devaient inciter tous les pays développés à ratifier le Protocole de Kyoto.

  9.2.3. Les Mesures d`Ajustement Structurel, la diminution de l`Aide au développement et le Poids de la Dette
Dans les années 80, le FMI et la Banque Mondiale ont contraint la plupart des pays en développement à adopter des mesures dajustement structurel pour bénéficier de leurs appuis financiers. Ces mesures ont obligé les gouvernements à libéraliser léconomie, privatiser les entreprises publiques éliminant ainsi les services publics de santé, déducation, daccès à leau potable, réduire les budgets dinvestissements publics, dévaluer la monnaie, le respect scrupuleux du remboursement de la dette très lourde dailleurs, larrêt des subventions à lagriculture et le désengagement de lEtat entre autres. Les conséquences pour les populations sont la détérioration des conditions de vie surtout pour les femmes et les enfants et lobligation dun exode massif vers des lieux plus cléments. Ce phénomène a été déterminant dans limmigration vers les villes dans les pays en développement, mais aussi en Europe et aux Etats Unis dAmérique. Au passage, il faut saluer la contribution déterminante des immigrés à léconomie de leurs pays par des envois importants de devises étrangères suppléant tant bien que mal la diminution de laide publique au développement.

  9.2.4. Difficile accès des pauvres aux ressources financières
En général, les populations pauvres nont pas accès au crédit et aux diverses ressources financières dans leur pays. Ce sont les ménages ruraux qui souffrent le plus de ce phénomène. Une étude du Réseau des Organisations de Producteurs de lAfrique de lOuest (ROPPA) sur le financement du secteur agricole en Afrique de lOuest nous révèle que les exploitations familiales ne reçoivent que 3% des ressources financières disponibles dans la sous-région, et quun paysan Ouest africain ne reçoit en moyenne que 3000 FCFA (soit environ 5 Euros) par an pour le financement de sa production, et les financements disponibles sont seulement de court terme (6 à 7 mois). Il nexiste pratiquement pas de crédits à linvestissement (moyen et long terme).

  9.2.5. La propriété intellectuelle dans l`OMC (ADPIC) :
Pour lOMC, les idées et les connaissances représentent une part importante du commerce.

Les créateurs peuvent obtenir le droit dempêcher que dautres utilisent leurs inventions, dessins, modèles et innovations techniques.

Les films, les enregistrements musicaux, les médicaments, les logiciels informatiques, les vêtements de marque ainsi que les variétés de semences végétales et animales.

Ces droits sont appelés « Droits de Propriété Intellectuelle » revêtent plusieurs formes : droits dauteur pour les livres, tableaux et films ; brevets pour les inventions, marques de fabrique ou de commerce pour les noms de marque et les logos de produits, etc.

Au moment où les accords de lOMC sont entrés en vigueur le 1er janvier 1995, un délai de 1 an a été accordé aux pays développés pour leur permettre de rendre leurs législations et pratiques conformes à lAccord sur les ADPIC. Les pays en développement et (sous certaines conditions) les pays en transition ont 5 ans pour le faire. Pour les pays les moins avancés, le délai est de 11 ans.

  1. Les problèmes de fond que pose lADPIC.

    Avec le projet Gouvernement du Sénégal /FAO pour le renforcement des capacités techniques et danalyse des Organisations paysannes (analyse des politiques agricoles, agriculture durable, commerce international et OMC), au profit du CNCR avec la FONGS comme agence dexécution technique, le mouvement paysan du Sénégal a appris des choses inquiétantes sur lADPIC.

    On pourrait, de prime abord, douter de lexistence dun lien entre les DPI et les ressources phytogénétiques. Cependant, limportance du matériel biologique dans lindustrie va en saccroissant. Preuve en est de lexpansion constante dont font lobjet les industries pharmaceutiques, biotechnologiques et agricoles, établissant un lien direct entre les questions économiques et environnementales.

    Il était estimé initialement que les ressources génétiques faisaient partie du « patrimoine commun » à lhumanité, vouant la communauté mondiale à sa préservation et à son exploitation durable et excluant la matière de la notion de propriété privée. Cette opinion naissait en partie de limpossibilité de définir du point de vue génétique les espèces végétales et animales, interdisant ainsi la spécification qui est une exigence primordiale aux fins dobtenir la protection au titre des DPI. Par la suite, le développement des sciences et de la technologie génétiques a fourni des définitions qui permettent une détermination plus précise des espèces, faisant entrer ainsi la matière vivante dans le domaine de la propriété intellectuelle. Le présent programme ne prend pas en considération les aspects éthiques de la question. Cependant, il ne faudra pas négliger les impacts exercés sur lenvironnement.

    Les ressources biologiques et génétiques, y compris le matériel génétique, présentent manifestement un intérêt économique. Les ressources génétiques comprennent un vaste réservoir de traits héréditaires qui ont une importance économique réelle ou potentielle. Dans les pays riches en ressources génétiques, lapplication de DPI à la matière vivante peut fournir une incitation financière directe à en protéger, préserver et contrôler lexploitation, et les bénéficiaires en seront principalement les pays en développement. Malgré ses aspects positifs, cette théorie est difficile à mettre en pratique. Lattribution de droits précis à du matériel génétique spécifique risque de susciter de complexes différends entre les pays, notamment si lorigine des espèces végétales ou de leur matériel génétique ne peut être défini à lintérieur de zones géographiques établies politiquement (un problème qui est propre à la plupart des espèces végétales). Des complications supplémentaires surgissent lorsquon recherche le détenteur attitré des droits puisque la variabilité génétique est le résultat defforts concertés ou de linteraction de populations. Conférer des DPI au matériel génétique implique le droit dexclure des tiers de son utilisation, ce qui pourrait avoir un effet de dissuasion sur les échanges de matériel génétique au sein du réservoir mondial de gènes, et entraîner des conséquences imprévisibles sur lenvironnement.

    Les industries qui se fondent sur les ressources phytogénétiques entreprennent de coûteuses activités de recherche et développement pour mettre au point des techniques qui permettent lutilisation efficace de gènes despèces naturelles et la commercialisation des produits améliorés qui en sont tirés. Ces mêmes industries feront donc un usage intensif de tout système de DPI mis en vigueur afin de recouvrer leurs investissements. Lapplication de DPI à du matériel génétique végétal pourrait donc avoir pour effet de contraindre les agriculteurs à nutiliser que certaines semences, en grande partie manipulées, sur de longues périodes de temps. Les possibilités de sélection à la disposition de ces agriculteurs et des collectivités autochtones seront largement limitées à du matériel génétique dorigine artificielle. Il en résultera une uniformité génétique croissante dans les cultures agricoles ou dautres espèces végétales très commercialisées et une extrême vulnérabilité aux ravageurs et aux maladies, car seule la variabilité génétique peut assurer la survie continue. A longue échéance, des systèmes de DPI forts favorisent lérosion génétique ce qui aura des répercussions graves sur le réservoir mondial de gènes. Il est indispensable de prendre des mesures visant lexploitation durable et la conservation de la diversité génétique lorsque lon élabore un système de DPI.

  2. Les DPI et le débat Nord-sud.

    Lexpansion généralisée de la biotechnologie dans les différents domaines industriels a déterminé, dans les pays industrialisés, une demande massive de protection de la propriété intellectuelle des organismes vivants.

    De ce fait, les gènes de ces organismes, à savoir les ressources phytogénétiques, représentent la « matière première » des nouvelles technologies. Cest ainsi que la « ruée vers les gènes » est désormais une nouvelle version de la « ruée vers lor », dans la bousculade générale en vue dobtenir des avantages futurs.

    Daprès lInstitut mondial pour les ressources, plus de la moitié des espèces végétales et animales du monde vit dans les forêts ombrophiles du tiers monde et nulle part ailleurs. Les principaux détenteurs de ces ressources se trouvent donc dans lhémisphère sud, une situation qui recèle un potentiel énorme de conflits entre le nord pauvre en gènes mais riche en technologie, et le sud, riche en gènes et pauvre en technologie.

    De nombreuses sociétés ont obtenu des brevets pour des végétaux dont la sélection génétique sest faite dans les pays en développement et, souvent, pour les connaissances locales concernant leur emploi. Cette situation se rencontre dans de nombreuses parties du monde en développement où la sagesse populaire des collectivités autochtones est mise à profit pour identifier les plantes médicinales, en apprendre lutilisation, et les exploiter ensuite commercialement, et pour octroyer ensuite systématiquement des brevets pour les résultats. On revendique des DPI pour des espèces végétales utilisées de longue date par les Africains, des analgésiques employés par les Chinois, des espèces agricoles andines et des variétés traditionnelles de riz cultivées par les fermiers indiens. Les pays en développement utilisent le terme de « bio piraterie » pour désigner ce type de concession de brevets. Les législations nationales permettent aux obtenteurs industriels de profiter des bénéfices commerciaux tirés de lexploitation des ressources phytogénétiques sans les partager nécessairement avec les collectivités autochtones des pays dorigine du matériel agricole.

    A lheure actuelle, les collectivités rurales et autochtones cherchent à sopposer à loctroi de DPI pour des plantes quelles utilisent pour leurs fonctions nutritionnelles, médicinales ou autres, et quelles ont identifié et mises en valeur. Ces collectivités soutiennent aussi quelles courent le risque de devenir totalement tributaires de la fourniture industrielle de certains intrants dune importance vitale comme les semences.

    Les systèmes de DPI assurent des récompenses à la technologie génétique mais il nexiste aucun système juridique qui prime les connaissances endogènes.

    LAccord ADPIC aura une influence déterminante sur les législations nationales concernant ces questions. Toutefois, lAccord sexprime de façon ambiguë dans la clause relative aux organismes vivants (art. 27.3). comme lont voulu ses auteurs, elle laisse ouvert un vaste champ daction. Le résultat des procédures de mise en uvre et de réexamen sera donc dune importance cruciale pour la reconnaissance et le règlement de ces différends.

  9.3. Les solutions pour l`eradication totale de la pauvrete dans le monde.
La CSDS soutient les organisations de la société civile qui sont contre une « loi de la Jungle »nuancée par des accords commerciaux multilatéraux. Le marché ne peut pas devenir la valeur suprême de lhumanité. Le marché doit être orienté et gouverné par des principes dhumanité, de dignité, de citoyenneté, de responsabilité, de solidarité, de prudence, de précaution, de sauvegarde, de diversité des cultures et des êtres vivants tout en sachant que tous les êtres humains sont membres à part entière de la communauté humaine.

La CSDS et les ONG proposent :

  • lévaluation des accords du cycle dUruguay en fonction des objectifs et des critères de développement durable (Agenda 21)
  • reconsidération des modes et des rythmes dintégration des différents pays dans le marché mondial et dans le système OMC
  • refus dune libéralisation plus grande et convergence et cohérence pour un développement des échanges ;
  • réforme du système de règlement des litiges pour plus déquité ;
  • laccession de nouveaux pays dans des conditions acceptables ;
  • création dun observatoire de lOMC et de la régulation des échanges internationaux incluant les organisations de la société civile ;
  • création dun centre international de ressources accessible à la société civile (information, formation, moyens financiers aux pays en développement) ;
  • sauvegarde de la sécurité - souveraineté alimentaire des pays en voie de développement à défaut de sortir lagriculture des négociations de lOMC;
  • sauvegarder le potentiel phytogénétique végétal et animal des populations locales et des peuples autochtones ainsi que la biodiversité de leurs territoires communautaires (convention sur la Biodiversité).
  • louverture des marchés des pays développés aux produits agricoles des pays en développement avec un accès facile et promotionnel ;
  • la subvention de lagriculture des pays pauvres lui permettant dêtre compétitive par rapport à celle des pays riches ;
  • le transfert approprié de technologies des pays développés vers les pays en développement ;
  • laffectation de ressources financières importantes à lagriculture familiale pour un mode de production agricole et rural durable respectant lhomme et son environnement;
  • développer les capacités techniques et organisationnelles des pauvres pour leur permettre de prendre en charge leur propre développement et dassurer la participation à la vie qui les concerne ;
  • mettre laccent sur le développement local, la bonne gouvernance et la coopération décentralisée;
  • la ratification par tous les pays des conventions sur la diversité biologique, les changements climatiques et celle relative à la désertification vitale pour lAfrique et veiller àleur mise en uvre ;
  • lacceptation par les pays développés et les entreprises privées multinationales du Nord, dune redistribution équitable de la plue-value mondiale issue de la croissance économique internationale entre les pays et entre les catégories sociales dans les pays, pour éradiquer définitivement la pauvreté de la planète dici 2015, plus quune simple réduction de moitié si cela devait arriver dailleurs ;
  • renforcer les alliances et le partenariat qui existent au sein de la Société Civile Mondiale avec dautres organisations politiques comme permettant de modifier les rapports de forces entre les gouvernements et celles-ci.


Bibliographie
  • Projet de Renforcement des Capacités Techniques et dAnalyse des Organisations paysannes (Gvt.Sen/FAO/CNCR/FONGS 1997-99. Accompanement du Mouvement Paysan par Mr Jacques FAYE Chercheur sur la définition des Politiques Aricoles, La Question Paysanne au Sénégal)

  • Les Accords de lUrugay-Round du GATT. Impacts sur les Pays en Voie de Développement (Ibrahima SECK 1994).

  • Programme de Renforcement des Capacités des Organisations Paysannes au Sénégal (FAO/CNCR 1996).

  • ROPPA Atelier Régional Ouagadougou Octobre 2001)


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